16.05.2008

Calcul mental

J'ai toujours été très lente d'esprit. Peut-être cela vient-il de mon tempérament rêveur... ? Je ne sais pas, ce que je sais par contre, c'est que cela m'a causé bien des problèmes pendant ma scolarité.

En primaire, je redoutais particulièrement les heures vouées au calcul mental.

Tous les enfants disposaient d'une petite ardoise rectangulaire munie d'une craie blanche et pour effacer, un chiffon et une petite éponge ronde rangée dans une boite en plastique qu'il fallait aérer et rincer souvent si on ne voulait pas qu'elle se mette à sentir (très) mauvais.

La maîtresse dictait une opération - une addition, soustraction ou division - et après les quelques secondes de réflexion qu'elle avait la bonté de nous octroyer, tapait d'un coup sec sa règle sur son bureau. A ce signal, tout le monde devait lever au dessus de sa tête son ardoise sur laquelle le résultat était inscrit, et la maîtresse parcourait alors des yeux ce champ d'ardoises en commentant certains résultats.

Devrais-je préciser que mon ardoise était presque toujours la dernière levée ? Et souvent désespérément noire et vide d'écriture ?

J'avais beau loucher discrètement en direction de l'ardoise de ma voisine, le résultat n'était pas concluant. De plus, cette méchante fille mettait son bras pour cacher ce qu'elle écrivait !

J'essayais bien de me creuser la tête le plus rapidement possible pour trouver les bons chiffres, mais rien à faire ! J'attendais avec angoisse le moment fatidique du retentissement de la règle , puis lorsqu'il arrivait je paniquais complètement, le cerveau figé par la peur de ne rien avoir inscrit, et finalement marquais n'importe quel chiffre !

 

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11.02.2008

Une randonnée odorante (4)

Après une nuit difficile car il ne fait pas chaud dans ce gîte inhabité, nous repartons au petit matin par un temps superbe mais glacial. Il faut avouer que la campagne est magnifique, tout est givré et scintille de mille feux. L'exercice nous réchauffe vite et ma bouche envoie de la vapeur d'eau à chaque pas si bien qu'avec le sac sur le dos, je me prends pour une bête de somme !

Une croûte glacée recouvre la neige, mes skis ont encore bien du mal à rester parallèles et font souvent des embardées.

B. a voulu m'équiper "léger" c'est la raison pour laquelle il a opté pour de vieux skis de fond (à écailles à l'époque) dont il pensait renforcer l'accroche sur la neige avec du fart. Le fart est sorte une pâte qui s'applique de préférence à chaud sur la spatule ; il en existe plusieurs couleurs qui correspondent à des natures de neige différentes. B. avait bien pris plusieurs couleurs pour faire face à toutes situations, mais il n'avait pas prévu que le fart "bleu" correspondant à ces conditions glaciaires serait complètement dur et refuserait de sortir du tube !

Je voyais avec consternation et non sans jalousie nos amis dont les skis étaient équipés de peaux de phoques grimper les pentes comme des chars d'assaut pendant que nous faisions un pas en avant  pour deux pas en arrière, nos skis sans accroche dérapant sans cesse. Cette journée fut encore plus fatiguante que la précédente et c'est avec impatience que je j'attendais à notre halte du soir : accueil à la ferme.

Nous arrivons dans une propriété munie de plusieurs corps de bâtiments. La maison principale pour l'agriculteur et sa famille, divers hangars où il range son matériel et un grand bâtiment qui sert de réserve à foin ainsi que d'étable.

Nous sommes accueillis chaleureusement par le couple qui nous propose des boissons chaudes pour nous réconforter du froid. Il fait très chaud dans la cuisine et je sens mon organisme se relâcher petit à petit des efforts physiques et caloriques de la journée. Je commence également à ressentir une douleur musculaire qui me serre comme un étau à l'intérieur de la cuisse...

Nous avons commandé le repas du soir (ça fait toujours un de moins à porter !) et mangeons dans la cuisine avec nos hôtes. La soirée se déroule très bien et de façon fort sympathique. Mais j'ai vraiment l'impression d'avoir très chaud...

Arrive l'heure d'aller dormir. Il est prévu que nous dormions dans le foin de la grange.

Accompagnés du paysan qui nous éclaire de sa torche, nous pénétrons dans le bâtiment. Nous sommes immédiatement assaillis par une odeur très forte : les vaches ! Elles sont là, bien alignées de chaque côté d'une sorte d'allée centrale cimentée : d'un côté des vaches adultes, de l'autre ce que je suppose être des génisses (elles sont moins grandes et n'ont pas de cornes). Est-ce parce que nous n'avons pas l'habitude mais l'odeur âcre nous est difficilement supportable et personnellement, j'ai presque du mal à respirer ( je vois que pour la copine que je regarde du coin de l'oeil, c'est pareil). Nous traversons l'étable et entrons dans la partie grange où de nombreux cylindres de foin sont empilés jusqu'au plafond.

Il y fait un froid polaire ! Après la cuisine surchauffée, la transition ne se fait pas sans mal. Le thermomètre présent indique... moins 4 ° ! L'agriculteur voyant le manque d'enthousiasme des deux filles à l'idée de dormir dans la grange propose de dormir dans l'étable avec les vaches " si on préfère" (où il est vrai qu'il fait nettement meilleur, mais l'odeur...).

Les hommes n'ont pas de préférence et laissent choisir les filles. Je regarde la copine qui avec un sourire un peu forcé déclare :

- " finalement c'est peut-être pas mal à côté... "

Aussitôt dit aussitôt fait, l'agriculteur saisit sa fourche et commence à étaler du foin sur l'allée centrale. Les génisses qui s'étaient déjà légèrement agitées lors de notre entrée et du fait de la lumière, commencent à se lever et tendre le cou pour manger le foin qui se présente. Non mais elles ne vont pas bouffer notre lit en plus ! Bizarrement les vaches sont très calmes et ne bougent pas...

Nous calons les duvets dans le foin dont le paysan n'a pas été avare et tout ceci nous amuse plutôt en fait. On n'ose imaginer l'odeur qui va imprégner toute nos affaires, nos vêtements jusqu'à nos cheveux et nous suivre les jours suivants, car qui dit étable dit purin et c'est bien de cela dont il est question !

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Épilogue : Pour l'Homme et moi, la randonnée finira ici. Le lendemain, la douleur musculaire de ma cuisse m'empêche de faire le moindre mouvement, je me sens très faible et fatiguée. Nous reprenons le train pour rentrer chez nous tandis que les amis continuent sans nous. A la maison, ma température indique 40° de fièvre, verdict du médecin : une belle angine, doublée d'une tendinite aux adducteurs. Repos absolu pour la tendinite !

 

PS : un grand merci à miss 400clics pour son beau dessin ! Vous pourrez en voir d'autres sur son site.

09.02.2008

Une randonnée odorante (3)

La semaine vient de se terminer et j'arrive à tenir debout et avancer sur des skis. J'ai trouvé beaucoup de plaisir à faire du ski de fond (on fait glisser les skis dans des petits rails) et comme je suis du genre nerveuse et opiniâtre, j'ai fait de très nets  progrès (bon d'accord, les descentes ne sont pas encore au point...)
 
En compagnie de nos amis qui maintenant nous ont rejoint, nous descendons du petit train régional dans un endroit totalement désertique et au milieu de nul part : c'est le départ de notre randonnée.
J'ai déjà mentionné qu'il était tombé beaucoup de neige cette année-là, et le temps est particulièrement rude : le thermomètre affiche continuellement en dessous de zéro même au plus chaud de la journée, et matin et soir il fait souvent  - 17 °.
 
Pour un baptême je suis plutôt servie !
 
Car il faut savoir que la neige n'a pas du tout la même texture selon la température.
Avec le froid, elle est continuellement gelée et remplie de cristaux de glace ce qui rend les conditions de ski difficiles (trèèèèèèès difficiles pour moi).
 
La première journée se passe plutôt bien, mais le sac d'une bonne dizaine de kilos tire sur mes épaules et me fait transpirer le dos (en plus de me déséquilibrer). Nous ne pouvons pas nous arrêter longtemps pour les pauses car le froid nous saisit immédiatement malgré le grand beau temps (le soleil est bien présent mais ne chauffe pas). Il nous tarde d'arriver au gîte, une ancienne maison des Templiers à ce qu'il parait,  qui nous hébergera pour la nuit. Je suis fatiguée, j'ai les muscles tendus pour avoir eu le plus grand mal à tenir mes skis parallèles toute la journée  à cause de la glace. Il faut dire que j'ai des skis de fond à écailles ! (une idée loufoque de l'Homme)
 
J'ai déjà eu ma dose de "gamelles" de la journée et je connais la joie de tomber de tout son long sur le ventre avec un sac qui vous écrase et vous empêche de vous relever, ou de tomber sur le dos avec un sac qui vous scotche au sol avec l'impossibilité de se relever, les membres gigotant  tel un scarabée sur le dos !
 
Nous voyons maintenant la terre promise, à savoir le gîte. Tout petit, là, en bas d'une grande pente (totalement gelée). Les pros stationnent sur l'arrête au bord de la pente en la contemplant d'un air dubitatif. J'arrive enfin et la regarde d'un air terrifié... Mais comment vais-je faire ??
 
Le copain s'élance en premier sous les yeux attentifs des trois autres qui attendent la gamelle. Mais comme il possède le bon matos LUI -à savoir des skis de randonnées avec quart - cela ne lui pose pas de problème particulier. Certes on le voit prendre beaucoup de vitesse, mais il arrive à bon port sans embûche. Sa femme se lance à son tour; le style est un peu moins classe que celui de son Jules se permet-elle de juger, mais elle aussi arrive à bon port. Bien ! En voilà au moins deux de sauvés.
 
L'Homme a décidé de faire la voiture-balai histoire de ramasser les morceaux de sa femme toute neuve mais maintenant toute cassée... Il me propose d'attaquer la pente de biais et de faire des conversions (voir récit n°2). Mouais, je le sens très moyen parce que la conversion, j'ai encore un peu de mal...
Bon, quand il faut y aller, il faut y aller et je suis fataliste n'ai pas froid aux yeux. Je rassemble donc les dernières forces qui me restent et me lance sans courage mais avec détermination dans la pente en essayant de synthétiser tout ce que j'ai appris sur le chasse-neige (plier les genoux, pousser sur les talons, se pencher vers l'avant et mettre son mouchoir sur sa dignité).
 
Ça commence plutôt bien mais très rapidement, je prends une vitesse que je ne maîtrise pas du tout et bien sûr... la chute ! Mais pas la chute habituelle, là je ne sais pas ce qui m'arrive, j'ai l'impression  de voler puis je me retrouve le nez planté dans la neige ainsi que tout le visage avec pour couronner le tout, mon sac retombant lourdement sur le dos. Un ski a disparu, mes jambe sont emmêlées. Je relève doucement la tête suffoquant à moité sous le sac qui m'écrase et aperçois B. à mes côtés avec le ski récupéré; il demande si tout va bien oui merci sauf que j'en ai vraiment marre  et m'apprend que je viens de planter les skis dans la neige, (d'ailleurs il les a vus plier et a bien cru qu'ils allaient rompre) avant de passer en vol-plané par-dessus.
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Je décide que ça suffit pour aujourd'hui, déchausse le ski restant et finis la descente à pieds (même pas honte).
 
à suivre... 
 
PS : pourquoi donc ce titre me direz-vous ? Réponse dans le prochain épisode ...

08.02.2008

Une randonnée odorante (2)

Nous sommes dans la petite station de ski non loin du plateau de la Margeride.

B. a loué pour moi des skis de pistes (et chaussures avec lesquelles il est très difficile de marcher...) et nous nous dirigeons vers le tire-fesse. Je ne sais pas du tout comment ça fonctionne, et je pense qu'il faut s'asseoir sur le truc comme sur un siège qui va tranquillement m'élever vers les cimes !

Grossière erreur !

On ne s'assied pas sur ces engins, on se calle dessus simplement et on se laisse tirer en essayant de faire en sorte que les skis ne partent pas dans tous les sens. Je me retrouve donc par terre, la tige tournoyant dangereusement au dessus de ma tête, le moniteur du télésiège essayant de me relever rapidement en me tirant pas le bras sans ménagement  car un autre tire-fesse m'a déjà pris pour cible et m'arrive droit dessus ! Bon j'arrive finalement tant bien que mal à prendre le second service et trouve bien sympa de monter sans faire d'effort particulier.

 

Nous voici sur l'arrête d'une petite pente douce et B. tente de m'expliquer la technique du chasse-neige.

Pour celles (et ceux) qui ne connaissent pas cette technique, le chasse-neige sert à ralentir la vitesse des skis en descente, voire s'arrêter si on maîtrise bien. On peut l'utiliser pour faire des virages également, il est donc précieux.

Seulement voilà, je suis loin, très loin de le maîtriser ! Je ne m'étendrai pas sur la séance qui fut très chaude mais tous mes essais se terminèrent par ceci  :

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Constatant qu'il y a du travail et que ce n'est pas gagné, l'Homme décide de passer à "la conversion". La conversion ne sert pas à changer de religion présentement, mais de se tourner pour aller dans la direction opposée alors qu'on se trouve dans une forte pente complètement paralysé et bloqué par la peur. Cette technique permet donc lorsqu'on ne sait pas descendre une pente, de le faire en douceur "en traversée" en effectuant les dites conversions à chaque extrémité de traversée.

Il faut commencer par bien planter ses bâtons dans la neige histoire de se stabiliser sinon il y a risque de haute-voltige, puis lever le ski se trouvant du côté de la pente, le faire pivoter à 180° pour le mettre dans la nouvelle direction (bien le caler dans la neige quand c'est fait) et tout en s'appuyant sur les bâtons mettre le poids du corps sur la jambe convertie et faire la même chose avec l'autre pied. Cela a l'air facile dit comme ça, mais n'en croyez rien !

Lever un ski tout en faisant en sorte que l'autre ski ne bouge pas n'est déjà pas si simple. Ensuite le ski levé a la fâcheuse tendance à se planter dans la neige à son extrémité et à vous bloquer sur place sans autre recours que d'attendre le dégel. Enfin, traîtrise suprême, lorsque vous ramenez la deuxième jambe, la première en profite pour se faire la malle sans que vous ne lui en ayez donné l'ordre ! Résultat :

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Comme les séances commencent à dégager un vague mouvement d'agressivité de ma part envers mon moniteur, l'Homme décide qu'il serait peut-être judicieux que je prenne des leçons de ski avec un vrai moniteur.

Nous trouvons non sans mal - car il n'y a pas d'école de ski dans cette petite station à cette époque - un jeune homme qui accepte de s'y coller. Tous les jours donc en début d'après-midi, j'ai droit à mon heure de cours et la scène est  identique chaque jour : j'enchaine inlassablement chute après chute alors que le moniteur couché dans la neige (au soleil) me regarde faire d'un air consterné...

 

à suivre... 

07.02.2008

Une randonnée odorante (1)

Lorsque j'ai rencontré l'Homme, je n'étais jamais montée sur des skis. Mes parents n'étant pas du tout portés sur les sports d'hiver (ma mère ayant décrété une bonne fois pour toute que la neige, c'était mauvais pour la santé, on avait froid, on glissait et risquait de se faire mal) les vacances à la neige étaient proscrites.

L'Homme depuis son adolescence a toujours pratiqué la montagne : randonnées, varappe, alpinisme, toutes sortes de skis y compris le ski de randonnée etc...Quand je l'ai rencontré il avait à son actif une expédition au Népal, une autre en Bolivie, parcouru les grandes courses des Alpes françaises et suisses, j'en passe et des meilleures. Dès les premières neiges l'appel du large se faisait entendre et il partait avec des copains escalader les sommets convoités.

380fad01d5446a655cb221df28c076f1.jpgLe premier hiver de notre rencontre, il fut question de faire une petite randonnée à skis : en effet, cette année là une neige abondante était tombée sur les plateaux de la Margeride, chose  suffisamment rare pour qu'il ne profite pas de cette occasion rêvée de faire la traversée du plateau. Et comme c'est plus rigolo à plusieurs, nous partirions avec un couple d'amis très férus et pratiquants de montagne tous les deux, amis avec lesquels il avait déjà fait de nombreuses courses en montagne.

B. me garantissait que ce n'était pas difficile de tenir sur des skis - c'est comme la marche mais on fait glisser le pied - et que d'ailleurs, nous partirions une semaine avant tous les deux dans une petite station de la région, semaine pendant laquelle j'aurais tout le loisir d'apprendre les premiers rudiments du ski. Certes, il ne s'étendait pas trop sur le fait que la randonnée nécessiterait un sac de 15 kg sur le dos...

J'étais partante pour cette aventure, quoique vaguement inquiète... Arriverais-je à les suivre ? N'allais-je pas freiner le groupe ? Mais le tableau idyllique qu'il faisait de cette randonnée venait toujours à bout de mes réserves.

En réalité, j'étais loin de me douter de ce qui m'attendait...

à suivre... 

28.01.2008

L'anniversaire

A cette époque, je n'étais plus vraiment étudiante au Conservatoire mais avais gardé des contacts et venais régulièrement dans les lieues pour faire de la musique de chambre, ma grande passion.

Un jour, le directeur me fait appeler en compagnie d'une amie dans son bureau.

Il vient de recevoir un appel téléphonique d'une dame en recherche de musiciens, de "grands" élèves du conservatoire pour une manifestation privée. Il ne peut pas nous dire grand chose de plus si ce n'est le prix du cachet par musicien (500 F ce qui à l'époque est loin d'être ridicule) et que bien sûr la "manifestation privée" n'a aucun mauvais esprit, vous me comprendrez... Non, la dame souhaite juste des instruments précis. Pour en savoir plus, il faut téléphoner au numéro indiqué si nous sommes intéressées.

Bien sûr nous appelons dès que possible.

Voici ce qu'elle nous dit : elle souhaite faire une surprise à son mari à l'occasion de son anniversaire qui n'est autre que celui de ses 50 ans.

Pour cela, elle veut organiser une grande fête réunissant toute la famille, mais aussi tous les amis de son mari, les amis étudiants et même les amis d'enfance qu'il n'a pas vus depuis des années. Nous, les musiciens, sommes là pour faire un mini concert avec les instruments qu'il affectionne, puis faire le fond sonore - disons la musique d'ambiance ce sera plus élégant - pendant l'apéritif.

Elle tient vraiment à ce que ce soit une surprise et pour cela a monté un plan très élaboré avec la complicité de ses enfants et d'amis proches du couple.

Le jour J, le mari doit être emmené hors de chez lui pour une fausse excuse quelques heures dans l'après-midi. Tout se met en place rapidement pendant son absence ainsi que nous mêmes, les musiciens (il faut dire qu'il y a une harpe dans le lot, côté discrétion, on fait mieux !)

La maîtresse de maison ne chaume pas en accueillant tous ses invités. J'avoue que nous nous prenons au jeu de cette surprise qui ne nous concerne pourtant pas vraiment ! Il y a déjà beaucoup de joie et d'émotion dans l'air, les amis d'enfance se redécouvrant pour la plupart.

Soudain la sentinelle postée à l'entrée de la propriété (oui car vous avez compris qu'il ne s'agit pas d'un logement social) arrive en courant pour nous avertir de la présence imminente du monsieur !

Le mot d'ordre est que tous les invités chantent  "Joyeux anniversaire" dès l'entrée du monsieur dans la pièce. 

Au travers de la porte-fenêtre du salon dans lequel tout le monde se serre en silence, je vois arriver un monsieur en compagnie de 2 personnes. Mon coeur bat rapidement, à l'unisson certainement de celui de beaucoup de personnes présentes dans la pièce.

Le monsieur entre derrière l'une des personnes et s'arrête pile sur le seuil : son regard complètement éberlué fait le tour circulaire du séjour. Tout le monde entame la chanson prévue et là, le monsieur éclate en sanglots !

Nous ne devions pas particulièrement jouer à ce moment-là, mais la copine a le très bon réflexe de se mettre à jouer l'hymne d'anniversaire pour accompagner le chant des convives. J'aurais du faire de même, mais c'est impossible ! L'éponge à émotion que je suis est complètement imprégnée du sentiment ambiant,  j'ai la gorge serrée et des larmes aux yeux, je suis dans l'impossibilité de jouer la moindre note !

La foule applaudit à la fin de la chanson, le monsieur essuie ses larmes tout en riant et commence à faire le tour des invités, mais il reste très ému. Nous jouons notre petit programme. Arrivé à notre niveau, le monsieur nous serre la main en nous remerciant chaleureusement. Je me souviens à l'époque avoir été un peu gênée car nous étions payés pour ce qui était "un travail", mais maintenant, je pense qu'il se doutait bien de cela !

Nous avons droit à un rafraîchissement puis nous partons car il y a de la route à faire. L'hôtesse nous raccompagne dans le parc et tout en nous remerciant encore une fois, nous glisse discrètement une enveloppe à chacun.

Je n'ai jamais oublié "la surprise" faite à cet homme de la part de sa femme pour ses 50 ans et je me suis dit qu'il avait bien de la chance...

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24.12.2007

Réveillon spécial

C'était il y a quelques années.

Nous avions déjà quitté la région parisienne et habitions à plus de 600 kms de celle-ci. Pour les fêtes, nous retrouvions  toujours mes beaux-parents chez eux en Essonne. Déjà (très) âgés il était plus simple que nous y allions plutôt que de les faire déplacer.

Cette année là, nous avions décidé de prendre le train plutôt que la voiture. Après le TGV, encore un peu  de RER avant  d'arriver à bon port. Un petit coup de fil ensuite pour qu'on vienne nous chercher en voiture à la station RER, non pas que ce soit loin mais quand-même, surtout avec des bagages, dans le froid et l'humidité parisien, c'est pas terrible.

Mon mari appelle chez lui. Bien que n'entendant pas la conversation, je comprends rapidement qu'il y a quelque chose qui cloche. Il ferme son portable et m'annonce que sa mère est surprise de notre venue... Nous lui avions pourtant confirmé par téléphone il n'y a pas si longtemps ! Tout ça aurait déjà du nous mettre la puce à l'oreille comme dit l'expression.

Je commence à râler (ben oui hein...). Quelques minutes plus tard, nous voyons débarquer en trombe la petite voiture et ma belle-mère en sortir quasi hystérique, pleurant, riant à la fois. Elle croyait qu'on ne venait pas ! Elle avait les yeux rouges et s'était sûrement répandue dans tout le quartier que ses enfants les laissaient tomber etc. !

C'était le 31 décembre et il devait être 14H00... Je lui demande non sans ironie s'il y a au moins des tranches de jambon dans son frigo... Non, rien, le frigo est plus vide que le cerveau d'un membre de la starac...

Le temps de poser nos bagages nous voilà partis à la recherche de ce qui pourrait faire un semblant de fête dans les assiettes. Direction un célèbre magasin de surgelés où nous errons comme des âmes en peine dans les rayons complètement dévalisés ! On se contentera de ce qui reste.

Mon beau-père, déjà atteint de la maladie d'Alzheimer, fera cette année-là son dernier réveillon chez lui. S'il était là par la présence, sa tête n'y était pas et je crois qu'il ne m'a pas reconnue. Je fus assez choquée de le voir réaliser des puzzles pour enfant de 5 ans avec beaucoup de difficultés, lui, un ancien ingénieur ...

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Depuis l'eau a coulé sous les ponts et ma belle-mère maintenant veuve habite dans la région à 200 m de chez nous. Elle-même est atteinte de graves troubles de la mémoire mais peut encore, sous la surveillance de ses enfants et grâce à un traitement médical, vivre à peu près autonome dans un appartement. 

Le réveillon de ce soir aura lieu chez elle, mais c'est moi qui gère tout de A à Z. Ses 3 enfants se réunissent et lui donneront un semblant de vie "comme avant". Elle est toute contente et excitée comme une puce à l'idée de recevoir !

Elle a 86 ans. 

 

12.12.2007

Au lycée

Au lycée, j'étais en section littéraire (qui ricane bêtement dans le fond là...?)

En fait, c'était plus précisément la section philo (A4). Mes parents tenaient absolument à ce que j'obtienne le bac  avant de me lancer à corps perdu dans la musique. J'aurais pu suivre la voie études et musique (F 11 de l'époque) mais il m'aurait fallu être interne à plusieurs kilomètres de chez moi et c'était impensable. J'ai donc patienté sagement dans un lycée "normal" sans être une foudre de guerre de travail (disons même que je ne faisais pas grand chose) ce qui ne m'a pas empêché d'avoir ce fameux bac, du premier coup en plus...

La classe était composée presque exclusivement de filles : 14 filles pour 3 garçons. Cela tranchait pas mal avec les sections math et science qui avaient des effectifs beaucoup plus nombreux et masculins. A cette époque, il y avait un grand fossé entre les "littéraires" et les "matheux", chacun étant persuadé d'avoir fait un meilleur choix que l'autre. Mais la section math (C) tenait quand même le haut du pavé, surtout ceux qui prenaient allemand en première langue.

Le lycée n'étant pas très important, les professeurs étaient communs aux divers sections. Heureusement pour eux, car le fait d'enseigner des sciences ou des maths à des littéraires n'est pas toujours de tout repos.

Il y avait un prof de physique-chimie qui n'avait qu'un défaut : sa gentillesse et sa faiblesse devant les filles. J'avoue que ses cours n'arrivaient pas souvent à nous captiver et l'heure de science était pour nous le moyen de nous raconter tous les petits potins en retard. Il parlait le plus souvent face à un auditoire totalement absent sans être forcément bruyant !

Un jour, alors qu'il nous expliquait je ne sais quoi à propos de ions, atomes et trucs de ce genre, il réalise que deux filles n'ont pas cessé de papoter sous son nez depuis le début du cours.

Décidant qu'il était peut-être temps de faire preuve d'un peu d'autorité, il s'arrête et dit à l'une d'entre elles :

- " Mlle X ! Pouvez-vous me dire qu'est-ce-qu'un-ion ?" en scandant bien sa question tout en appuyant la liaison du "n".

Mlle X, après s'être levée (car oui, à cette époque préhistorique les élèves se levaient quand un prof s'adressait à eux )  :

- " Un gnon ? Euh je sais pas moi... pif-paf...?" en faisant un geste de gifle avec la main tout en le regardant avec un grand sourire.

Le pauvre homme a poussé un soupir de découragement, ses épaules s'affaissant par la même occasion.

Je ne sais pas comment il a fait pour ne pas se suicider... 

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 C'est bô !

07.12.2007

Le Mont St Michel

- " Si nous allions visiter le Mt St Michel le week-end prochain ?"

- " D'accord, cela nous fera une sortie et une bonne excuse pour s'aérer de Paris !"

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Cela aurait pu être une bonne idée et un super week-end, seulement voilà...nous n'avions pas fait attention à la date, et le week-end en question  tombait un 29 septembre.

Et savez-vous ce qu'il y a le 29 septembre...?

C'est la saint Michel.

Cela a l'air tout bête et anodin, mais c'est vraiment le jour où l'enfer descend sur le Mont Saint Michel ! Si vous n'aimez pas les bains de foule c'est à éviter comme la peste. J'ai juré que de ma vie on ne m'y reprendrait plus !

Passons sur les difficultés pour se garer et le fait de devoir faire des "kilomètres à pieds, ça use, ça use..." avant d'atteindre le mont. Après tout, profitons de l'air vivifiant et puis un monument aussi prestigieux ça se mérite non ?

Passons sur les rues noires de monde où nous avançons pas à pas (c'est un bien grand mot, on piétine serait plus juste, on se croirait aux Champs Elysées un 14 juillet). Trop de monde pour voir, trop de monde pour faire des photos, je n'ai pas envie de me retrouver avec une bande de touristes japonais grimaçants sur les superbes photos que j'avais prévu de faire. Déception, j'achèterai des cartes postales.

Bon, puisqu'on ne voit pas grand chose essayons au moins d'y comprendre quelque chose. Nous arrivons finalement tant bien que mal à l'entrée et la billetterie d'où partent les visites guidées. Aujourd'hui, c'est obligatoire, toutes les visites se font avec un guide. C'est comme ça. OK nous on aime bien ça les visites guidées, surtout quand elles sont faites par un conférencier.

Le groupe dans lequel nous sommes grossit à vue d'oeil et de façon inquiétante. Le départ de la visite a lieu dans le 1/4 d'heure qui suit et le groupe ne cesse encore d'augmenter. Je commence à râler car je me doute que le bon déroulement de cette visite semble bien compromis...

Le conférencier arrive. C'est un monsieur d'une cinquantaine d'années et pour faire court, disons qu'il a le look et surtout le savoir du prof de fac spécialisé dans le Mont St Michel. La foule s'élance derrière lui et c'est à la vie à la mort :  si nous voulons entendre et profiter de la visite, mieux vaut être placés près de lui. Mais nous ne sommes pas les seuls à penser ça et  pour approcher le dieu il faut jouer des coudes (et écraser quelques pieds l'air de rien au passage " Oh ? Excusez-moi, je suis désolée ! "gniark gniark gniark <= rire sardonique intérieur)

Et le conférencier à qui visiblement cette visite dans ces conditions déplaît énormément, savez-vous ce qu'il fait ?

Il fait exprès de parler très doucement le fourbe ! Même pas "normalement", non il chuchote !

Je suis furieuse ! Je râle tant et plus auprès de l'Homme qui je ne sais pourquoi, semble ne pas me connaître tout à coup...

Une dame (visiblement du Midi avé l'assen) s'exclame à l'adresse des amis qui l'accompagnent:

"mais qu'esseu qui nous fé là ? Y nous fé la messeu des morts ?"

Mouhahaha...NON C'EST PAS DROLE !

Il y a réellement plus de cent personnes dans le groupe. Dans la petite chapelle (ou crypte je ne sais plus) tout le monde ne rentre pas, les gens restent à l'extérieur. Et l'autre continue sa conférence - qui a l'air vraiment passionnante pour ceux qui captent - toujours sur le même ton de confession. J'ai des envies de meurtre.

Il ne perd rien pour attendre.

Un écriteau à la sortie de la visite demande de ne pas oublier le guide. Le monsieur se tient devant la porte tel un mendiant prêt à tendre la main à la pièce qui s'offre. Il me regarde, je le regarde droit dans les yeux avec mon air le plus mauvais qui soit et  je le fusille du regard en me retenant juste à temps de lui dire " Vous êtes fier de vous ?" 

Il ne soutient pas mon regard et baisse les yeux.

J'étais jeune, très vive...et bête !  

04.11.2007

Renoir

C'était mon premier voyage aux USA grâce à un déplacement professionnel de l'Homme.

Pendant que Monsieur trimait et suait en réunions, Madame faisait les musées. Je l'accorde volontiers, il y a pire comme condition, et d'ailleurs, je ne me plains pas...

Donc après avoir pris le métro depuis la banlieue de Washington où se trouvait notre hôtel (je passe sur la conversation surréaliste échangée dans un "américain-primitif-vague-souvenir de mes-cours-d'anglais" avec un cow-boy de l'Ouest assis à côté de moi [avec le chapeau et les bottes, c'est tout juste s'il n'avait pas les éperons ! ] qui ayant du me trouver sympathique eut la mauvaise idée de m'adresser la parole), je me retrouvai à  National Gallery.

J'appris avec  joie qu'il y avait à cette période une exposition sur Georges De la Tour. Qui pourrait rester insensible aux superbes éclairages et traitement de la lumière chez ce peintre ?

Là, il faut reconnaître que les Ricains font bien les choses quand ils veulent. Le musée disposait entre autre de deux tableaux prêtés pour l'exposition. Eh bien chaque tableau trônait seul dans une petite salle  faite pour lui, salle capitonnée de noir et complètement plongée dans l'obscurité avec un unique éclairage orienté de façon à mettre la toile en valeur. Je fus très admirative et par la mise en scène et par les tableaux. 

 

Mes pas me conduisirent ensuite vers le secteur des Impressionnistes.

Et c'est là, au détour d'une porte que je la vis...

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Elle était là, au centre du mur et je ne voyais qu'elle. Une forte émotion commença à me serrer la gorge et je sentis mes yeux devenir humides. Noooooooooonnn pas pleurer...!!!!!! voir

Mais il y avait une telle émotion dans cette peinture !  La délicatesse du sujet, cette petite fille vêtue d'une robe de soie ou velours bleue munie de dentelles élaborées, les petites bottines à boutons, les fleurs dans une main et l'arrosoir dans l'autre et surtout, surtout,  cette peau du visage diaphane, illuminant la toile tout en faisant ressortir les yeux noirs en même temps qu'une certaine fragilité.

Enfin, la touche du Maître, ce que j'aime plus que tout chez lui, le rouge, la petite touche rouge, ici sur les lèvres de l'enfant mais également sur le noeud tel un papillon posé dans les cheveux dorés.

Toute la beauté et l'innocence de l'enfance se trouve dans cette toile.

Ce tableau m'a happée, hypnotisée, saisie et immobilisée avec une force incroyable bref, il m'a parlé.

 

Ce jour là j'ai fait une grande découverte : j'ai réalisé et compris que la peinture ne se regarde pas dans les livres.

 

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