22.06.2009

Consécration (2)

Résumé de l'épisode 1 ici.

 

Vint le jour de la cérémonie.

 

La basilique du Sacré Coeur était noire de monde et je me demandai s'il n'y avait pas encore autant de personnes à l'extérieur.

 

Les familles des quatre jeunes filles étaient présentes mais l'histoire ne dit pas si elles se réjouissaient vraiment de la décision de leurs filles. Car prendre le voile est irréversible, on entre, pour toujours. Et elles étaient si jeunes...

 

Toute la congrégation du Carmel était réunie pour fêter l'entrée des jeunes filles au couvent.  J'évitai soigneusement  de regarder les soeurs qui se trouvaient aux premiers rangs pour ne pas croiser le regard de celle qui me fixait tant aux répétitions... Le cérémonial me mettait déjà mal à l'aise, je n'allais pas en rajouter.

 

Les amis de tout ce petit monde étaient conviés, et de nombreuses invitations avaient été lancé aux politiciens parisiens car comme je l'ai précisé, tout le haut clergé  était là en grandes pompes.

 

Le fait qu'il y ait un orchestre n'empêchait pas les grandes orgues de jouer, ce dont elles ne se privaient pas d'ailleurs et de façon  très bruyante tandis que la foule s'installait. L'orchestre dans lequel je jouais placé à côté du chœur me permettait de voir les jeunes novices de face et les officiants de profil.

 

La messe commença.

 

De cette cérémonie je retins deux choses qui m'ont toutes deux marquée.

 

La première fut la sincérité de ces jeunes novices. Elle semblaient totalement exaltées et très heureuses de leur choix. Elles accomplirent le rituel de passage de leur prochaine existence sans la moindre hésitation et avec aisance. Mais je ne pouvais m'empêcher de me demander comment il était pensable, à un si jeune âge , de se cloîtrer pour la vie entière...

 

La seconde est plus délicate à exprimer. Lors du rituel de passage, les novices doivent se prosterner face contre terre les bras en croix devant les officiants. C'est ainsi que je les vis soudain se jeter à terre et rester prostrées ainsi pendant un temps.

Je regardai les officiants. L'un deux, déjà d'un âge avancé, était particulièrement grand et gros. Il tenait les mains jointes posées sur son ventre proéminent et souriait de façon...perverse. Oui, perverse. Voir ces quatre jeunes filles couchées à ses pieds lui donnait visiblement beaucoup de plaisir. Mais il n'était pas le seul parmi eux à jouir de l'instant.  Je pensai soudainement au livre "L'âge d'or des maisons closes" d'Alphonse Boudard.

 

Je fus très mal à l'aise de ce que je vis. Le contentement douteux de ces hauts dignitaires de l'Eglise  face à la candeur et la sincérité de ces jeunes filles  me dérangeait beaucoup...

 

saint catherine of sienna small.jpg

A la fin de la messe, alors que tout le monde était dans la joie et l'allégresse, je rangeais mon instrument en silence lorsque je vis la sœur principale s'avancer vers moi :

 

- " J'espère Cigale, que vous n'avez pas été trop choquée...? " demanda-t-elle, connaissant déjà la réponse.

 

- " ... Non, non..." lui dis-je alors que mon nez s'allongeait façon Pinocchio

 

Je levai les yeux et constatai à cet instant LA jeune sœur me fixant avec des yeux de braises...

 

C'en était trop !  Je refermai prestement l'étui de mon instrument et m'enfuis à toutes jambes de cet endroit.

 

 

 

11.06.2009

Consécration (1)

J'habitais Paris et j'étais régulièrement sollicitée pour cachetonner.

 

Un jour, une amie me proposa de jouer dans une cérémonie un peu particulière, elle-même n'étant pas libre à la date en question. J'acceptai,  par curiosité, me disant que ce serait probablement la seule fois de ma vie que j'assisterais à une telle séance, surtout aux premières loges !

 

Ce fut le cas, et je garde de ce jour un souvenir très précis, mais un souvenir dérangeant...

 

Un orchestre avait été demandé pour officier à la cérémonie de la prise de voile de quatre jeunes novices du Carmel de Montmartre. Voir  de jeunes âmes entrer dans le sein de l'Eglise est toujours une grande fête pour les catholiques, aussi tout le gratin religieux allait être assemblé, des Cardinaux à  l'Evêque de Paris qui à cette époque était Mgr Lustiger, la cérémonie ayant lieu au Sacré-Coeur.

 

 

Montmartre_(17).jpg

Déjà, il avait fallu répéter au couvent. Aucun problème, j'aime ces lieux plutôt calmes et le bâtiment, situé juste derrière le Sacré-Coeur est plus que tranquille.

Les  soeurs pouvaient assister à la répétition et j'avais été frappé par deux choses : tout d'abord leur extrême jeunesse pour la plupart (car j'avais dans l'idée qu'une "bonne soeur" était forcément vieille et portait les lunettes de la sécu), ensuite par le fait que l'une d'entre elle me regardait avec beaucoup d'insistance ce qui m'était parfaitement désagréable !

J'avais beau me dire de ne pas la regarder, cela m'intriguait et mes yeux indisciplinés se dirigeaient vers elle.  Et là, invariablement, cette jeune femme me regardait fixement ! Bon...

 

La soeur principale avait proposé gentiment et simplement à ceux qui le souhaitaient de partager le repas avec les soeurs. Quelques-uns du groupe acceptèrent et je me laissai convaincre à l'expérience.

 

C'est toujours un peu gênant de participer à un rituel qui n'est pas le vôtre. Je ne savais que faire pendant la prière du début de repas aussi je restai sans rien dire, écoutant leur parole et constatant l'investissement (ou non) des quelques soeurs regroupées autour de la table.

 

Le repas était simple mais bon.

 

Nous ne devions pas parler, ce qui donnait une ambiance feutrée et un peu lourde, du moins est-ce ainsi que je le ressentis. Il  semble me souvenir qu'une soeur ne mangeait pas et lisait un texte à haute voix pendant le repas. Je m'inquiétais de savoir, un peu embarrassée, comment allais-je faire pour demander du pain, mais je n'eus pas à m'en soucier car les soeurs observent et anticipent les demandes. Je ne pouvais même pas dire merci et ma bonne éducation en prit pour son grade.

 

Je n'étais pas très à l'aise avec tout ça. C'était tellement loin de mon quotidien ! Mais celle que je nomme la soeur principale, qui était une femme d'une quarantaine d'années environ, avait remarqué ma réserve et très "public relation" était venue parler un peu avec moi.  Elle  avait d'ailleurs l'art de sentir les choses et de comprendre tout de suite les situations, comme je m'en apercevrais plus tard.

 

Vint le jour de la cérémonie.

 

à suivre...

05.05.2009

Le bouton d'or

Lors de notre vie à Paris, la nature nous manquait aussi nous ne rations jamais une occasion de nous mettre au vert.

 

C'est ainsi qu'un jour, nos pas - enfin avec l'aide des roues de la voiture - nous conduisirent dans la région de Samois sur Seine. Nous avions repéré un petit sentier de randonnée fort sympathique au bord de l'eau.

samois1.jpg

Mais le fait d'aller à Samois n'était pas totalement du au hasard car il faut savoir que l'Homme, qui  a une passion pour la guitare jazz qu'il pratique en hobby, est incollable sur les plus grands guitaristes de tous les temps, et forcément admirateur de Django Reinhardt. Or il se trouve que Django s'est installé à Samois en 1951 où il y est mort et enterré en 1953.

Moi aussi j'aime bien Django, la période que je préfère étant celle du Hot-Club de France lorsqu'il jouait avec Grappelli. Pour le coup et pour peu qu'on l'écoute le matin, cette musique file une pêche d'enfer !

 

 

 

C'était le printemps et les champs étaient remplis d'une fleur que j'apprécie énormément : le bouton d'or.

Je l'aime parce qu'elle est éclatante - ce jaune extraordinaire, brillant comme une laque - mais elle reste simple, le contraire de la fleur sophistiquée.

Je me souviens qu'adolescente, j'en ramassais des brassées entières et les mettais en vase dans ma chambre.  Hélas la durée de vie de la fleur une fois cueillie est très courte. Un jour, - je devais avoir 15 ans - , alors que je rentrais avec un énorme bouquet jaune, un type vissé sur une chaise de bistrot s'était mis à chanter en me voyant " il est cocu le chef de gare" (très faux d'ailleurs). J'avais pensé " quel crétin ce type" mais avait continué mon chemin en rougissant devant ces hommes qui, en plus de mater les filles, passaient leur temps à picoler puis à déblatérer.

 

La fin de notre randonnée nous conduisit non loin du cimetière. Je proposai à l'Homme d'aller sur la tombe de Django afin d'y déposer en hommage le bouton d'or que j'avais dans la main.

Nous entrons dans l'enceinte du cimetière, inspectant consciencieusement chaque tombe. Les noms les plus divers se suivent au fil des allées, parfois une photo permet de matérialiser un nom, mais rien, aucun Django en vue.

Le petit bouton d'or que je traîne depuis un moment déjà montre des signes de fatigue.

Mais soudain en regardant vers le fond du cimetière, j'aperçois une tombe abondamment fleurie et me dirige immédiatement vers elle, sentant que l'heure de la rencontre avec Django allait sonner...

Oui c'était bien la tombe de Django Reinhardt !

Elle croulait sous les fleurs et quelque part au fond de moi, je fus contente de voir qu'il n'était pas oublié. Je posai délicatement mon petit bouton d'or - maintenant totalement flétri - à côté des magnifiques fleurs qui trônaient sur la tombe. J'étais bien. J'avais dit à Django, par ce geste simple, l'admiration que j'ai pour lui.

 

F-Bouton-d-or.jpg

http://www.festivaldjangoreinhardt.com/django/

 

31.03.2009

Des oreilles de chat

Je savais déjà que les félins possédent un très bonne audition, fait constaté à maintes reprises avec la Puce. Il est évident qu'elle entend des bruits que nous ne percevons absolument pas. C'est d'ailleurs un très bon signal d'alarme quand elle fixe un point avec attention, le cou dressé et les oreilles bien droites, je sais qu'il se passe quelque chose ! (bon d'accord, parfois c'est juste un lézard qui traverse...)

 

Côté audition, je ne suis pas en reste non plus !serre-tete-emily-strange_1.jpg

Est-ce l'apprentissage de la musique qui a développé ce sens chez moi, je ne sais pas, mais ce dont je suis certaine, c'est que mon ouïe est supérieure à la moyenne et que j'entends des bruits que d'autres n'entendent pas (oui, je suis  bien née dans la patrie de Jeanne d'Arc mais cela n'a aucun rapport).

Grâce à ce détail, j'ai même pu sauver un jour la vie de l'Homme, mais oui !

 

Nous étions jeunes mariés mais ce détail n'a aucune importance dans l'histoire qui va suivre. Je ne savais pas encore que j'avais épousé un (vrai) montagnard qui allait rapidement initier à son sport favori, c'est à dire la moyenne et haute montagne sans parler du ski , la randonneuse que j'étais . C'est ainsi que je me mis à écumer tous les cols et sommets de la région des origines paternelles de l'Homme.

Ce dernier me racontait toutes les histoires de montagne qu'il avait déjà vécues, les joies mais aussi les dangers idiots auxquels on ne pense pas et qui peuvent parfois briser des vies. Heureusement, lui même ayant toujours été très prudent (c'est tout sauf une tête brûlée) ainsi que très conscient des pièges de la montagne, s'est toujours sorti des situations "scabreuses".

 

Sirac_Chabourneou.jpgIl est des montagnes qui d'emblée paraissent austères. Quand en plus elles portent  un nom qui claque comme un coup de fouet, l'entité prend vie et regarde de façon hostile quiconque s'approchant d'elle.

C'est ainsi que je tombai sous le charme du "Sirac".

Situé dans le massif des Ecrins, bien individualisé, le Sirac porte fièrement ses arêtes qui semblent défier le mortel. La traversée de celles-ci n'est pas  une course insurmontable mais longue bien que s'effectuant en une journée,  qui demande une forme physique adaptée et un minimum de connaissance d'alpinisme. Pas du tout ce que j'avais à l'époque, c'est ainsi que l'Homme pour faire plaisir à sa Dulcinée, décida de se rabattre sur la variante du GR 54 passant aux pieds du Sirac.

 

Ici règne le domaine du minéral. Le Sirac.jpgLe sentier traverse le flanc du Sirac et de ce fait, passe obligatoirement sous le glacier de ce dernier. Nous sommes en plein été, un ruissellement dense couvre le sentier de petits filets d'eau.

Quiconque connaît un peu la montagne sait que passer sous un glacier n'est jamais anodin. Mais tout le monde ne le sait pas, surtout parmi les randonneurs de GR. C'est ainsi qu'un jeune couple ne trouva pas mieux que de faire sa pause en plein milieu du sentier.

 

L'Homme marche devant moi. J'entends soudain un très léger bruit. Je lève la tête vers ce bruit et vois une énorme pierre arriver droit sur nous en rebondissant, entraînant dans sa chute une myriade de petites pierres !

 

Je n'ai que le temps de crier " Attention ! "

 

L'Homme qui comprend immédiatement de quoi il retourne - surtout maintenant qu'il entend le bruit lui aussi - se met à courir sur le sentier, sa femme à ses basques !   Il faut dire que la pierre  en rebondissant  change sa trajectoire et on ne peut savoir à l'avance où elle va passer.  La seule chose dont nous sommes certains c'est que nous sommes dans son périmètre de trajectoire !

Dans la seconde suivant mon avertissement, la jeune femme assise à même le sentier lève la tête elle aussi puis se redresse précipitamment.

La pierre, telle un boulet lancé à grande force, passe entre elle et moi dans un sifflement d'air, toujours accompagnée des petites pierres qui lui servent d'escorte.

 

Le couple imprudent qui s'était arrêté au beau milieu d'un couloir de pierres  rassemble rapidement ses affaires et repart en tremblant. C'est tout juste si l'on n'entend pas leurs genoux faire des castagnettes ! A vrai dire, nous ne valons guère mieux, le phénomène est assez impressionnant et fatal en cas d'impact.

 

Il ne s'est passé que quelques secondes entre mon cri et le passage de la pierre. On peut dire que ce jour là, mes oreilles de chat on sauvé des vies !

 

Lauzon.jpg

PS : le Sirac aime se refléter dans le lac du Lauzon

 

 

 

 

 

03.03.2009

Le pot de colle

L'autre jour alors que nous dégustions un gâteau acheté en pâtisserie la sentence de l'Homme tomba :

- " il est bon mais c'est vraiment dommage qu'ils aient ajouté autant d'amande amère..."

L'amande amère faite à partir d'amandes séchées possède un parfum puissant. Trop en mettre en pâtisserie revient à masquer le goût des tous les autres ingrédients.

Mais ce gâteau au parfum si caractéristique nous fit immédiatement éprouver un réflexe proustien. Car l'amande amère nous rapellait aussitôt la colle de notre enfance.

pub5200.jpgLa colle blanche : un petit pot rond muni de sa petite pelle plate permettant l'extraction facile du pot puis l'aplatissement aisé du produit. Pour moi, elle servait à coller des images dans le cahier de leçons de choses...

Mais ce que TOUS les enfants aimaient par dessus tout c'était l'odeur de la petite colle blanche ! Je crois que c'est d'ailleurs ce parfum qui faisait la force du produit. Un peu trop même, au point que beaucoup d'enfants (dont l'Homme) mangeait la colle ! C'est peut-être la raison pour laquelle l'amande amère ne fait plus partie du produit...

 

 

http://www.colle-cleopatre.com/qui/index.html

 

26.02.2009

Train de banlieue

Lorsque je me suis installée en région parisienne, il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour m'habituer au métro.

 

Comme tout le monde, je me surpris rapidement à courir dans les escaliers en entendant le train arriver ou pire encore en entendant retentir la sonnerie des portes, ce qui laisse une chance non négligeable de se faire hacher menu par les-dites portes qui se ferment juste au moment où l'on s'engage.

 

Néanmoins ce n'est pas une histoire de métro que je raconterai aujourd'hui mais une histoire de train de banlieue (parisien).

Cette histoire fut pour moi extrêment désagréable et me laissa comme un goût de véritable agression.

 

Nous devions fêter Noël chez ma soeur qui à cette époque vivait dans la grande banlieue sud-ouest de Paris. Pourquoi avons-nous pris un train de banlieue pour nous y rendre plutôt que la voiture ? Je ne me souviens pas mais il y avait certainement une raison.

 

metro.jpg

Comme d'habitude en ces temps de fêtes, il règne une grande agitation dans la capitale et dans les gares.

 

Le train se trouve donc bondé d'une foule étéroclite allant des travailleurs rentrant chez eux après une rude journée de labeur, aux occasionnels les bras chargés de cadeaux achetés au dernier moment.

Ne trouvant pas de place assise, l'Homme et moi-même restons debout dans l'entrée du compartiment. Nous sommes loin d'être seuls et les gens se tiennent comme ils peuvent, serrés les uns contre les autres.  La place où je me situe n'offrant rien  pour se tenir, je trouve une bonne formule : je m'appuie contre l'Homme.

 

Le train nous ballote sans répit et s'arrête dans toutes les stations (en plus c'est un tacot). A chaque arrêt, les freins hurlent dans un crissement strident et tous les voyageurs sont poussés vers l'avant. J'ai le plus grand mal à maintenir ma position, mais j'y arrive. Il me tarde quand même d'arriver à la gare et d'y retrouver mon beau-frère venu nous chercher en voiture pour finir le trajet (les joies de la banlieue parisienne).

 

Le moment arrive enfin. Je m'avance pour descendre du train lorsque j'entends la voix de l'Homme me dire :

 

- " Tu sais que ta robe est déchirée... ? "

 

Ce jour-là, je suis vêtue d'une longue jupe d'un bleu électrique en tissu assez fluide et d'une grosse veste courte.

 

Je réponds, sûre de moi et vaguement excédée qu'il me parle de ça maintenant :

 

- " Oui je sais, mais ce n'est rien ! " car je n'ignore pas que l'ourlet de la jupe est très légèrement décousu dans le dos (les talons dans l'ourlet...)

 

Immédiatement, la voix insiste mais elle est bizarre sa voix, comme détimbrée :

 

- " Non, non, vraiment déchirée... ! "

 

A cet instant, je comprends qu'il s'est passé quelque chose et risque un torticolis en direction de l'arrière de ma jupe.

 

Ce que je vois me terrifie et mon coeur s'emballe de peur et de colère : la jupe a été complètement lacérée en menus morceaux qui pendouillent de façon lamentable !!

 

Par chance je porte un jupon ce jour-là, néanmoins j'attrape rapidement un pan de jupe que je rabats vers l'avant, histoire de cacher ce qui s'offre aux yeux de tous, c'est à dire pas grand chose à part cette désolation de jupe lacérée...

 

Je suis consternée pour ne pas dire choquée.

 

C'est alors que je me souviens d'une image que mon cerveau a enregistrée sur le moment, information que je n'avais pas jugé utile d'approfondir : L'Homme et moi étions debout juste devant quelqu'un installé sur un strapontin de l'entrée du wagon et cette personne lisait un journal. Au moment de descendre, la personne nous a bousculé pour sortir rapidement (en courant presque et on le comprend) le journal  plié sous le bras. Je n'ai pas vu sa tête, je n'ai pas fait attention à lui.

 

Ce que je sais, c'est qu'il a emporté un minuscule morceau de jupe, minable trophée de fétichiste...

 

09.12.2008

Un p'tit déj pas ordinaire (2)

Résumé de l'épisode 1 ici

Je n'en croyais pas mes yeux !

Au plafond se mouvait tranquillement une bonne trentaine...d'asticots !

Parfaitement.

De bons gros asticots blancs bien dodus, avec des yeux noirs qui me regardaient stupidement.

asticots.jpg

L'effet de surprise estompé et l'envie de déjeûner complètement passée, je me demandai d'où ces asticots pouvaient bien provenir...

En regardant attentivement, j'eus l'impression de les voir arriver tous de la même direction, à savoir le haut du placard mural de la cuisine.

Cette cuisine conçue dans les années soixante n'était pas équipée mais pourvue de deux immense placards muraux, chacun coiffé d'un petit placard donnant directement sous le plafond. Visiblement, les asticots sortaient de l'un de ces placards...

Je pris mon courage à deux mains, non pas par peur des bestioles mais plus par dégoût de ce que j'allais peut-être trouver, et juchée sur un petit escabeau, j'ouvris la porte du petit placard.

Inutile de chercher bien longtemps !

A cet endroit étaient rangées toutes nos vivres de course de montagne, c'est à dire les barres céréales, des raisins et abricots secs bref, toute la nourriture de base du parfait randonneur...

Véritable caverne d'Ali-Baba, menus gargantuesques dans des sachets non étanches, les mouches s'en étaient donné à coeur joie, bien à l'abri derrière les portes de ce placard secondaire jamais ouvert et neuf mois après le résultat, je l'avais sous les yeux...

Comme d'habitude, l'aspirateur vint facilement à bout des bébètes non désirées.

 

Mais le mystère - le même que celui des chenilles processionnaires d'ailleurs que nous avions aussi dans le pin du jardin - reste entier : comment se fait-il que les asticots soient sortis tous le même jour au même moment... ?? non, leur réveil n'a pas sonné

08.12.2008

Un p'tit déj pas ordinaire (1)

Je venais de me lever et entrai d'un pas endormi dans la cuisine innondée de soleil.

Sur la table mon bol était posé à la place habituelle ainsi que toutes les petites choses du matin : mes biscuits, le lait pour le nuage dans le thé, la plaquette du petit comprimé pour la thyroïde...

Un seul coup d'oeil avait suffi pour me faire comprendre que l'Homme avait déjeuné depuis longtemps et qu'il était probablement au bureau en train de travailler durement pour "nourrir sa femme" (comme il dit...)

Encore embrumée de sommeil, j'allumai sous la casserole contenant le thé tiède. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'aime le thé plutôt corsé : à force de le faire réchauffer, j'ai pris l'habitude de le boire noir.

Je m'installai sur ma chaise face à la porte fenêtre de la cuisine et tout en ouvrant le paquet de biscuits aux sésames, je contemplai la vue grandiose qui s'offrait à moi tout en reconnaissant que je ne me lasserais jamais d'un tel spectacle !

20-05-2003 014.jpg

Pourquoi faut-il que nous fassions parfois des actes n'ayant aucun rapport avec le moment présent ? Serait-ce une sorte de sixième sens ?

C'est ainsi que soudain je levai les yeux vers le plafond.

Oui le plafond !

Pourquoi ?

Je ne sais pas !

Mais ce que je vis me remplit d'horreur et je me levai prestement...

(coupure pub, vous pouvez aller au toilettes...)

à suivre...

 

 

15.08.2008

Le 15 août

Il ne vous aura peut-être pas échappé que nous sommes le 15 août, la fête de Marie.

Je me souviens de l'année - je devais avoir 13 ans - où j'étais allée passer des vacances chez ma meilleure amie qui était elle-même en vacances chez sa "mémé" dans la Meuse, dans un petit village proche de Commercy.

Exactement comme dans le film "Le grand chemin", je me souviens avec horreur du civet de lapin dont le scénario commençait par l'attrape par les oreilles du lapin dans le clapier,  puis tout ce qui s'en suivait y compris l'ouverture du ventre avec les viscères qui dégringolent (oui il était mort AVANT le dépeçage, un coup derrière la nuque...le coup du lapin...mouarff).

Je me souviens des premiers maquillages - totalement interdit à la maison - et du rire de la mère de la copine découvrant les deux filles le matin, les yeux au beurre noir parce que pas démaquillés...

Je me souviens des fringues que me passait mon amie et qui me changeaient tellement des trucs ringards que je portais habituellement.

Je me souviens du vent de liberté qui régnait chez eux et du bien que cela me prodiguait.

1440467_1.jpgEt je me souviens aussi de la procession.

Sa mère avait tenu à ce que nous allions avec eux à la procession du 15 août. Dans les campagnes à cette époque, on ne rigolait pas avec la religion. Pas contrariantes Didile et moi y sommes allées même si ça nous faisait un peu suer.

Tout le village était réuni et s'était mis en rang par deux presque de façon spontanée. La procession a commencé dans les rues pour se diriger ensuite à travers champ vers un calvaire ou une statue de la vierge, je ne me souviens plus très bien. Tout ce que je sais, c'est que les gens chantaient des cantiques. J'entends encore la voix aigüe des femmes déclamer " au ciel, au ciel, au ciel..." (monter d'un cran à chaque fois).

J'avais vraiment l'impression d'être à une autre époque et trouvais cela un peu ridicule.

 

16.05.2008

Calcul mental

J'ai toujours été très lente d'esprit. Peut-être cela vient-il de mon tempérament rêveur... ? Je ne sais pas, ce que je sais par contre, c'est que cela m'a causé bien des problèmes pendant ma scolarité.

En primaire, je redoutais particulièrement les heures vouées au calcul mental.

Tous les enfants disposaient d'une petite ardoise rectangulaire munie d'une craie blanche et pour effacer, un chiffon et une petite éponge ronde rangée dans une boite en plastique qu'il fallait aérer et rincer souvent si on ne voulait pas qu'elle se mette à sentir (très) mauvais.

La maîtresse dictait une opération - une addition, soustraction ou division - et après les quelques secondes de réflexion qu'elle avait la bonté de nous octroyer, tapait d'un coup sec sa règle sur son bureau. A ce signal, tout le monde devait lever au dessus de sa tête son ardoise sur laquelle le résultat était inscrit, et la maîtresse parcourait alors des yeux ce champ d'ardoises en commentant certains résultats.

Devrais-je préciser que mon ardoise était presque toujours la dernière levée ? Et souvent désespérément noire et vide d'écriture ?

J'avais beau loucher discrètement en direction de l'ardoise de ma voisine, le résultat n'était pas concluant. De plus, cette méchante fille mettait son bras pour cacher ce qu'elle écrivait !

J'essayais bien de me creuser la tête le plus rapidement possible pour trouver les bons chiffres, mais rien à faire ! J'attendais avec angoisse le moment fatidique du retentissement de la règle , puis lorsqu'il arrivait je paniquais complètement, le cerveau figé par la peur de ne rien avoir inscrit, et finalement marquais n'importe quel chiffre !

 

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