03.04.2008

Le blues du dentiste

Quand il faut y aller, il faut y aller !

Ce matin (là), j'avais rendez-vous chez le dentiste pour me faire arracher une dent !

Le truc habituel d'une dent mal dévitalisée (il y a plus de 20 ans) qui finit par produire à la base de sa racine un foyer infectieux. Ce foyer a été découvert pour la première fois en 2001 lors d'une scintigraphie osseuse, examen pratiqué régulièrement pour ne pas dire systématiquement il me semble lors du cancer du sein.

Bon j'avais pris note de ce fait sans me traumatiser vu que j'étais dans d'autres problèmes et non des moindres !

Depuis quelques temps je souffrais d'une fatigue persistante, et immédiatement, cela m'a renvoyée à des souvenirs fort désagréables...

Mon médecin généraliste qui aime bien  penser à toutes sortes de possibilités en est arrivé aux problèmes dentaires. L'infection m'est alors dans l'instant revenue en mémoire et voilà comment  j'en suis arrivée à ce matin. Il faut avouer que quand vous entendez votre médecin dire qu'une infection dentaire peut déboucher sur un cancer du pancréas, on n'hésite pas trop. Impossible de sauver cette dent car la racine avait été perforée lors de la dévitalisation, il fallait donc la sacrifier et l'extraire.

Bouuuuh ma dent... ! 

A part les dents de sagesse qui sont enlevées, j'ai toutes mes dents (enfin j'avais, maintenant...)

Par chance, mon médecin m'a adressée à un excellent dentiste et tout s'est bien passé. Ce dernier met de la musique douce en fond sonore pendant l'opération (ce matin je dirais que c'était du Bach, une cantate ou une messe). Il demande régulièrement si tout va bien, si on ne sent rien.

Par contre, je préfère ne pas regarder les instruments "de torture" ; c'est psychologique, si je les regarde, j'ai mal instantanément (alors que le traitement n'est pas commencé !) Mais j'ai quand même eu indirectement dans mon champ de vision les pinces pour l'extraction !

Bigre ! Je comprends mieux la chanson de l'ami Henri... :-)) Et je n'ose imaginer les "soins" dentaires avant l'ère de l'anesthésie !!

 

free music

28.03.2008

Tiré par les cheveux (2)

Résumé de l'épisode précédent : je suis obligée d'acheter une perruque à cause d'une chimiothérapie; la vendeuse  propose de me couper les cheveux pour faciliter les essayages.

Bigre ! Je n'avais pas prévu ce cas de figure !

Après une petite discussion et quelques hésitations,  je finis par accepter, me persuadant qu'il faut bien franchir le pas à un moment ou à un autre. Alors pourquoi pas maintenant ?

Un petit salon protégé par un rideau se trouve à l'extrémité de la boutique. Je m'installe sur un gros fauteuil, la vendeuse couvre mes épaules d'une serviette pendant que mon amie s'assoit à ma droite, légèrement en retrait derrière moi.

La femme saisit une paire de longs ciseaux et  commence à couper de grandes brassées de cheveux. Nous ne parlons pas, seul résonne le crissement des lames sur les cheveux. Ayant commencé par couper à l'arrière de la tête, je ne vois pas encore ce qui se passe. Je regarde la glace qui me fait face et constate un petit sourire nostalgique sur mes lèvres.

Sans quitter le miroir, mes yeux se tournent soudain vers mon amie dont j'ai le reflet sur ma droite. Et là, je manque d'éclater de rire !

 

Immobile sur sa chaise, son sac serré sur les genoux, les lèvres figées en un rictus qui se voudrait un sourire, ses yeux parlent...

1028764555.JPGIls s'aggrandissent et se remplissent littéralement d'horreur à chaque coup de ciseaux ! Pour chaque brassée de cheveux qui tombe, je vois son corps se raidir et reculer imperceptiblement au point que  je me demande si elle ne va pas tout à coup s'enfuir à toutes jambes !

[pardon, mille pardons mon amie de t'avoir infligé ça...!

Plus de nostalgie en moi, je suis maintenant hilare !  La tête qu'elle fait est vraiment trop drôle ! Avec un grand sourire je lance joyeusement :

- "Alors ? Tout se passe bien ? " 

La vendeuse-coiffeuse rompue à ce genre de situation répond en conséquence. L'atmosphère se détend un peu.

J'essaie de m'habituer à la coiffure qui prend forme petit à petit sous mes yeux. Mais j'avoue avoir beaucoup de mal, moi qui ai toujours détesté me voir en cheveux courts...

Heureusement, c'est maintenant l'heure de l'essai des perruques, moment beaucoup plus ludique. La vendeuse tient à me faire essayer une coupe assez courte. Pourquoi pas si ça l'amuse, mais je sais que ce n'est pas cette perruque que j'achèterai.

J'hésite entre les deux perruques restantes... Mon choix se porte sur une perruque blonde, légèrement bouclée qui se rapproche beaucoup de ma coiffure du moment. Mixte,  elle est composée de cheveux naturels mélangés à des synthétiques, cela me convient très bien. Elle semble un peu grande pour moi, mais on peut la régler sur les côté. Il est certain que je n'aimerais pas la voir s'envoler au premier coup de vent !!

La vendeuse me donne les dernières recommandations et produits d'entretien afin d'avoir une chevelure toujours au top, puis mon amie et moi quittons le magasin. J'ai la perruque sur la tête et vraiment je n'en mène pas large car je crains sans arrêt qu'elle ne s'envole (pourtant il n'y a pas de vent). C'est vraiment une drôle de sensation.

Mon amie, qui s'est bien remise de ses émotions de la coupe des cheveux, plaisante et me conseille de faire attention en montant dans la voiture à ne pas m'accrocher le sommet de la tête au passage de la portière, histoire que la perruque ne reste pas suspendue comme un trophée sur la porte ! Cela me fait bien rire même si j'imagine la scène avec horreur ! 

 

Je porterai cette perruque pendant huit mois environ (heureusement en hiver), en alternance avec des foulards, chapeaux et autres bandeaux. Je me souviens d'une répétition pendant laquelle j'ai attrapé une sueur épouvantable, et j'ai bien failli m'arracher la perruque de la tête tellement son port (elle grattait  et tenait chaud) était insupportable ! Je n'ose imaginer la tête des amis musiciens car à cette époque, j'avais le crâne complètement nu.

J'ai fait une grande découverte avec tout ça : les cheveux tiennent chaud à la tête ! Donc, quand on en a plus, on se caille énormément.

 

Note aux jeunes mamans : couvrez la tête de vos nourrissons et jeunes enfants, vous n'imaginez pas à quel point ils vous remercieront !
 

26.03.2008

Tiré par les cheveux (1)

Le médecin m'a prévenue que j'allais perdre mes cheveux avec le traitement par la chimiothérapie. D'après ses dires, le phénomène devrait intervenir peu après la première injection.

Bon, j'en ai pris mon parti puisque de toute façon je n'ai pas le choix, mais j'avoue que j'appréhende cet instant.

La chevelure est très représentative dans la personnalité et pour moi qui suis coquette, l'idée de ne plus avoir de cheveux m'angoisse quand même pas mal. D'ailleurs depuis que j'ai connaissance de ce fait, je ne cesse de lire des témoignages de femmes ayant vécu cette situation histoire de comprendre comment on peut survivre cette chose.

1850973787.jpgIl y a celles qui "profitent" (tirent parti serait plus juste) de cette occasion pour changer de look : style et perruques complètement différentes de leurs coiffures habituelles, bandanas colorés, foulards et turbans, bref beaucoup d'imagination et peu de complexes.

Et puis il y a celles qui ont du mal à franchir le pas (dont je fais parti) et qui vont tenter de coller au plus près de leur chevelure habituelle.

 

J'ai donc pris RV dans un magasin spécialisé dans la vente de perruques. Une amie m'accompagne car nous ne sommes pas trop de deux pour ce genre de choix. Elle-même vient de se faire opérer d'un cancer mais heureusement pour elle, pas de chimio dans sa thérapie. Lorsque son gynécologue a découvert une boule sous l'aisselle de sa patiente, mon amie est devenue presque hystérique et voulait qu'il lui enlève dans l'instant ! J'avoue qu'après coup, cela nous a bien fait rire ! Plus âgée que moi, elle est d'une nature joyeuse et possède une forte personnalité. Nos chemins se sont croisés par le biais de la musique, même si pour elle, ce n'est pas son métier.

Nous poussons la porte du magasin où par chance, nous sommes les seules clientes. J'explique mon cas à la vendeuse qui connaît bien son métier et dont je ne suis visiblement pas la première cliente cancéreuse. Celle-ci me présente plusieurs modèles. Je découvre le monde des perruques : les synthétiques, les mixtes, celles en cheveux naturels. Inutile de dire que les prix ne sont pas les mêmes selon les catégories...

Reste à décider à combien j'estime le fait de cacher mon alopécie (oui, c'est le nom savant). Parce que là, certains prix donnent le vertige ! Et bien que la sécu fasse un effort (minime) pour venir en aide, le remboursement reste dérisoire par rapport au prix du produit.

Comme toujours, l'inégalité sociale creuse le fossé entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas, et les personnes ayant peu de moyens se contentent de mettre un foulard ou un postiche médiocre, avec en prime un mouchoir sur leur dignité et leur amour-propre. Pendant ce temps, les firmes et fabriquants continuent de s'en mettre plein les poches en commercialisant à prix d'or des produits qui ne leur reviennent probablement pas très chers. Mais je m'égare...

J'ai retenu trois modèles qu'elle me propose d'essayer. Ce n'est pas très commode, la perruque se porte au plus près du crâne, mes cheveux compliquent la chose. La femme me propose donc de les couper court ce qui rendra les essais plus faciles.

à suivre...

10.03.2008

Paroles de médecins

Je suis sagement assise sur la chaise en face de son bureau, B. se trouve à mes côtés. Nous faisons face à un homme âgé, probablement proche de la retraite.

Sans savoir pourquoi puisque je n'en ai jamais connu, je l'imaginerais bien ancien médecin militaire. Peut-être parce qu'il ne prend pas de gants pour dire les choses ou à cause de ses manières bourrues... Là il explique que je vais suivre un protocole et qu'avec ce protocole il approche plus de 90% de réussite dans la guérison des cancers traités. Tant mieux !

Chimiothérapie  (4 séances espacées de 3 semaines - mais dans la réalité, cela ne se passera pas ainsi -)  puis rayons journaliers pendant 6 semaines (y compris Noël et jour de l'an).

Sans que je ne lui demande rien et probablement trop habitué à entendre cette question, il lâche tout de suite :

- "Vous allez perdre vos cheveux..." 

Pas de réponse.

Je suis dans la phase "combative" du cancer, murée dans un bunker dans lequel peu de choses m'atteignent. Alors certes, la nouvelle ne me fait pas plaisir, mais je m'y attendais tellement...

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C'est la consultation suivant ma 3e séance de chimio.

Je n'en peux plus de ces nausées qui prennent et tordent l'estomac sans que l'on puisse rien y faire et qui me rendent malade le soir et les jours suivant l'injection. Pourtant il m'a prescrit un médicament (hors de prix et hors pharmacie d'ailleurs, c'est la clinique qui me le donne) pour annuler ce phénomène. Visiblement, cela ne fonctionne pas très bien, et je râle en lui faisant remarquer.

Il s'énerve et et me répond vivement :

- " Mais qu'est-ce que vous croyez ! Avant les malades dégueulaient sur les infirmières pendant l'injection ! " (sic)

 

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Ma chimio est terminée.
J'ai oublié pourquoi je me plains exactement, peut-être à cause de la fatigue ressentie...
 
- " Vous ne vous rendez pas compte, mais votre corps... c'est Verdun ! "

 Je le regarde complètement interloquée et muette devant ces images plus que suggestives de l'état intérieur de mon organisme... 

L'oncologue (femme pourtant) qui suivra celui-ci après son départ à la retraite aura elle aussi des termes guerriers en voyant le protocole prophylactique :

- " Hé bien ! Ils y sont allés au bazooka ! "

Heu...cela ne vous dérangerait pas trop messieurs dames les médecins d'employer d'autres termes...merci... !

 

PS : non je ne vous dirai pas le nom du produit, car je sens que les connaisseurs vont en remettre une couche ! :-)) 

15.12.2007

Radiologie (8)

Eh bien non ! Je ne saurai rien.

Me voici dans une nouvelle salle en compagnie du docteur D. (le radiologue). Devant mon visage ravagé - du moins j'imagine - il ne sait pas quoi dire !

Nous sommes tous deux debout face aux radios. Sans prononcer le moindre mot, il montre du doigt les photos des mammographies accrochées sur la plaque lumineuse et prend un air compatissant. Je regarde ça comme je regarderais des hiéroglyphes : je ne vois rien, je ne comprends rien. Je ne sais toujours pas ce qu'est la boule, ce qu'elle fait là, si c'est grave (là j'ai compris quand même qu'elle n'était pas la bienvenue). Lui, pensant me réconforter m'affirme sur un ton de consolation :

 - " Elle n'est pas grosse, elle fait 1,5 cm..."

La belle affaire ! Mais il peut me dire 3 mm ou 10 cm cela ne change rien pour moi puisque j'ignore TOUT de l'histoire !!

J'ose quand-même poser une question et d'une voix un peu tremblante je demande :

- " Qu'est-ce qu'il faut faire ?"

Il prend sa respiration :

- " Il y a 3 solutions..." 

Et là...trou noir ! J'avoue qu'ayant le cerveau complètement en bouillie après toutes ces émotions je n'ai absolument rien compris ni retenu ce qu'il a dit !  Il me semble qu'il parle d'opération, et de reprendre contact avec mon médecin.

Nous nous mettons d'accord pour que mon dossier soit prêt et que je puisse le retirer à partir de 15 heures. Je crois que je vais lui occasionner quelques heures supplémentaires ainsi qu'aux secrétaires. Bah ! Ils me doivent bien ça...

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(photo prise sur le Net)

Dehors la chaleur est écrasante. Je regarde ma montre : 12H30 ! Je comprends mieux pourquoi ils étaient pressés. Moi je n'ai pas vu le temps passer...

J'ai mis mes lunettes de soleil foncées qui cachent mes yeux rouges et par la même occasion les larmes qui recommencent à tomber. Par chance la pause de midi est sacrée en province et je ne croise pas grand monde dans la rue le temps de rejoindre ma voiture.

Les rayons du soleil chauffent ma peau et cette chaleur me réconforte un peu en me renvoyant à des repaires habituels. Le ciel est bleu, l'air serein, mais je suis en complet décalage avec cette quiétude. Mon âme est aussi sombre et chaotique que l'enfer dans lequel je bascule. Serait-ce qu'inconsciemment j'ai compris que le pire était à prévoir...?

 

Épilogue

Cette matinée restera le moment le plus difficile et éprouvant de toute mon histoire, et pourtant rien, absolument rien n'a été formulé. 

PS : commentaires OUVERTS pour ce billet (mais il n'y a aucun obligation)

14.12.2007

Radiologie (7)

Je suis à nouveau dans la salle de radiologie, assise précisément dans le gros fauteuil. La panique m'envahit encore plus que tout à l'heure car je comprends, je sens que ce n'est pas la procédure habituelle, qu'il y a quelque chose qui cloche.

Cette fois les larmes coulent abondamment. Je suis terrorisée.  Et pourtant je ne sais pas encore que je peux être malade, ce qui m'angoisse, c'est de comprendre qu'il y a quelque chose d'anormal. Les minutes passent, qui me semblent une éternité. Je m'essuie les yeux, mon maquillage a coulé je dois avoir une de ces têtes !

Voilà l'opérateur. Est-ce une interprétation de ma part, mais je le trouve plus gentil, moins indifférent avec moi cette fois-ci. Il fait un cliché sur le sein gauche et me demande de m'asseoir dans le fauteuil et d'attendre. Encore et toujours attendre...

16130143897725354c5bc2046be67cd7.jpgJe ne sais toujours pas ce qui ce passe, on ne me dit rien. Je suis incapable de penser, je ne peux que pleurer. C'est bête, j'ai changé de sac à main récemment et j'ai oublié de mettre des mouchoirs en papier dans celui-ci. Je commence à renifler sérieusement. Après avoir cherché désespérément s'il n'y a pas un papier quelconque qui pourrait me servir de mouchoir dans cette pièce, je m'essuie les joues avec le bas de ma jupe n'ayant rien d'autre pour le faire... Je me sens très seule. Je pense à ma mère et les larmes redoublent... Aller, ça suffit ! L'autre va revenir, je n'aimerais pas qu'il me voit dans cet état ! Facile à dire...

J'essaie de sauver les apparences. Le voilà qui revient justement...pour prendre encore un cliché ! Je m'enfonce encore un peu plus dans le désespoir. Mais pourquoi font-ils tout ça ? Y aura-t-il une fin à toute cette angoisse ?

Il prend toujours un cliché du sein gauche quoique sous un angle différent. La position est nettement plus désagréable cette fois-ci. Le docteur serre le sein entre les plaques et attend mon signal pour arrêter la pression. Mais je ne dis rien, incapable de la moindre réaction. Il arrête de lui-même, peut-être cela lui suffit-il ou il a peur de me faire mal...

Cette fois c'est bien fini. Il me dit de m'habiller, le docteur D. va me parler.

Je vais enfin savoir ce qui se passe...

 

à suivre...

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13.12.2007

Radiologie (6)

Je suis allongée sur la table et le docteur verse le gel sur la poitrine comme s'il vidait un tube entier de mayonnaise. Puis il étale ce gel à l'aide de ce que j'appelle le-petit-rouleau-compresseur ce qui donne une sensation de fraîcheur collante. Il promène l'objet sur les seins afin d'étaler le produit tout en me demandant si je vois bien. En effet, un "rétroviseur" se trouve accroché en haut en face de moi; cela ressemble à un miroir grossissant et reflète l'écran informatique du radiologue. Il faut que je penche un peu la tête sur le côté pour voir, mais ça va.
 
Il ne dit rien. Il arrive sur la boule et je vois une forme ovale remplie de petits points blancs. C'est presque beau, on dirait une constellation ! Il insiste sur la boule et parfois clique sur la souris pour marquer des croix qui délimitent les dimensions.
 
Tout à coup il déclare froidement :
 - " C'est pas un kyste..."
Puis, plus rien. Il continue sa prospection.
 
Mon sang vient de quitter mon corps. Mon coeur s'emballe et je sens une énorme panique m'envahir. Mais c'est quoi alors...!? Si je n'étais pas couchée, je crois que je tomberais dans les pommes !
 
Il continue tranquillement sa prospection en silence. Une larme s'échappe de mon oeil et roule doucement vers l'extérieur du visage. L'a-t-il aperçue ? Probablement pas, car il regarde son écran.
Enfin il laisse tomber :
 
- " Vous avez un "gnagnagna" avec un début de calcification." (nom compliqué à mes oreilles, inconnu et qui ne m'avance guère...)
 
Je ne dis rien et essaie tant bien que mal de me reprendre afin de ne pas pleurer façon "grandes eaux de Versailles".
Puis il passe au sein droit. Je me calme un peu. Il trouve encore deux autres "choses" dans le sein droit qu'il nomme par leurs noms que je suis bien incapable de retenir, mais je comprends que cela a l'air moindre que la boule.
Je ne sais avec quelle énergie j'arrive à faire de l'humour :
 
- " Eh bien il y en a des trucs là-dedans...! "
 
Le fait que j'ironise a l'air de le détendre un peu. Mais a-t-il seulement compris que moi, je n'ai toujours rien compris ? Mystère...
 
L'examen est terminé, mais pas mon supplice. Alors qu'il me tend du papier (puis carrément la feuille sur laquelle j'étais couchée) afin que j'essuie le gel, il m'annonce :
 
- " Attendez-ici un instant " et sans une explication, quitte la pièce.
 
Je reste plantée seule dans sa petite pièce. Je m'occupe en regardant autour de moi.
Il y a une énorme bombe désodorisante sur l'amoire, j'imagine quelle sert après les patients à hygiène douteuse... Dur métier ! Sur la porte en face de moi est inscrit "défense d'entrer" avec au-dessus le sigle jaune et noir des radiations nucléaires. Très dissuasif !
Je suis debout depuis un moment et cherche un siège pour m'assoir. J'aperçois un petit tabouret qui fera très bien l'affaire.
 
Peu de temps après la porte s'ouvre et le docteur m'annonce qu'on va refaire une mammographie !
Sans rien ajouter...
Il me presse d'aller dans la cabine où sont mes affaires, de remettre juste le tee-shirt sans le soutien-gorge pour passer dans l'autre cabine (il faut repasser dans le hall pour ça). Je suis perdue et anéantie ! Je ne comprends rien à ce qu'il veut. Dois-je prendre mon sac à main où le laisser là ? Il me bouscule, tout est précipité. Je traverse le hall mon soutien-gorge à la main !
 
 
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à suivre... 
 
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11.12.2007

Radiologie (5)

Me voilà à nouveau en salle d'attente où je suis maintenant la seule patiente. Les secrétaires se sont calmées, c'est bientôt l'heure de la sortie. Je n'attends pas longtemps avant qu'une autre porte s'ouvre et qu'un autre médecin appelle mon nom toujours de façon aussi aimable.

Même scénario dans une salle beaucoup plus petite que la précédente. Mais là, dès le départ la relation s'installe mal.

Le médecin - qui est bien le radiologue cette fois -  n'est pas très grand, assez jeune également. Il porte une barbe taillée de près, ses cheveux sont aussi courts que sa barbe, et détail surprenant, il affiche sa religion : il porte une kippa au sommet du crâne.

C'est idiot mais cela me gêne. Non pas qu'il soit Juif, mais qu'il l'affiche pendant son travail. Me retrouver dénudée face à une personne munie d'un insigne religieux me paraît totalement déplacé. Je suis vraiment très mal à l'aise. Je précise  que j'aurais exactement la même impression devant un homme "transpirant" de catholicisme ou tout autre religion.

 

Certainement pour faire la conversation, ou parce que c'est l'usage, le docteur me demande :

- "Alors ! Qu'est-ce qui vous amène...?"

Est-ce parce que j'en ai marre de me balader les nénés à l'air devant ces mecs, ou pour cacher mon embarras devant cet homme imprégné de religion, ou simplement pour lui suggérer que je souhaiterais que la situation reste simple, je m'entends lui répondre d'un air vague et blasé (cette fois c'est moi !)

- "Oh rien du tout..."

Mon attitude désinvolte semble le surprendre et il répond vivement :

- " Il y a un kyste quand même..."

Puisqu'il le sait, pourquoi me pose-t-il la question ? Il a lu l'ordonnance de mon généraliste !

- " Ah ça ?...Ah oui...(l'air toujours évasive)

C'est idiot, je le reconnais ! Je fais comme s'il n'y avait rien alors que je suis là précisément pour le contraire ! Je ne comprends pas pourquoi j'agis ainsi. Je suis mal à l'aise, j'ai hâte de sortir de là...

Maintenant, il doit me trouver franchement antipathique, et je ne vais pas tarder à m'en rendre compte...

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à suivre...

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10.12.2007

Radiologie (4)

Me voilà torse nu dans une pièce assez vaste où se trouve un certain nombre de machines et un gros fauteuil dont on se demande ce qu'il fait là...

L'opérateur est plutôt jeune, grand, mince, il porte des lunettes et une moustache. Il a l'air assez pressé, c'est la fin de la matinée, son estomac doit le chatouiller. Il apprend que c'est ma première mammographie et m'explique rapidement comment se placer par rapport à la machine tout en me manipulant pour aller plus vite. Mon visage, de profil, est vraiment collé  contre la vitre, je ne peux m'empêcher de penser aux gravures égyptiennes.

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Le radiologue serre le sein entre deux plaques et me demande de lui signaler lorsque cela fait mal. A part une sensation de pincement, cela ne fait pas mal. Puis il court (car il est pressé) se réfugier derrière son petit mur et sa vitre pour prendre les clichés.

- "Respirez...ne bougez plus...(clic)...respirez ! " dit-il à chaque radio d'une voix neutre.

Et à chaque fois je souffle au lieu de respirer. J'ai déjà les poumons pleins comme une montgolfière, je ne vais pas encore les remplir ! Il est plus naturel de se détendre par une expiration plutôt que par une inspiration.

Au bout des quatre clichés habituels, il me demande de retourner en salle d'attente.

Je repars comme une zombie vers la cabine et soudain, j'entends " au revoir". Trop tard ! Je suis déjà dans la cabine, et je ne m'attendais pas à un quelconque signe d'amabilité. Je ne lui ai rien répondu et il doit me trouver très malpolie !

 

à suivre...

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08.12.2007

Radiologie (3)

a153adbd002aac2eb8d64fcf443ea643.jpgUn monsieur est dans la salle d'attente. Il a un bras dans le plâtre. Je m'assois et cherche dans les revues ce qui pourrait m'intéresser, c'est à dire tous les journaux à sensations que je ne lis que dans les salles d'attente ou chez le coiffeur.
 
Un  homme âgé vient d'entrer dans le hall. Il explique aux secrétaires un problème qu'il rencontre à propos d'un remboursement entre sa mutuelle  et le cabinet. Il doit s'y prendre à plusieurs reprises, soit qu'il s'exprime mal, soit que les filles sont obtuses...Finalement elles font des recherches et se mettent à pester contre les mutuelles qui ne comprennent rien etc... Je me doutais bien que c'était des râleuses ! J'écoute ça distraitement et me dis qu'il y a une drôle d'ambiance ici.
 
Brutalement l'une des portes s'ouvre et un type en blouse blanche aboie (il n'y a pas d'autre terme) le nom du monsieur au bras cassé.
 
Je deviens nerveuse. La douceur n'a pas l'air d'être la première qualité de cet endroit...
 
Les secrétaires continuent de râler et le pauvre monsieur se demande si ce n'est  pas contre lui. Je regarde ma montre, il est 11H10. Ma revue ne m'intéresse absolument pas, j'ai du mal à me concentrer. Je compte en changer lorsque le monsieur au bras cassé finit par sortir. Inutile de prendre une autre revue, cela va être mon tour. J'attends que la porte s'ouvre et que l'opérateur en radiologie aboie mon nom.
 
Ce qui vient d'arriver.
 
à suivre... 
 
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