23.06.2008

Le rond de lunettes

Lorsque j'étais enfant (en classe préparatoire), la discipline scolaire signifiait vraiment quelque chose ! Mais je soupçonne quand même que cette dernière était bien plus rude dans l'Est de la France où je vivais alors, plutôt que dans certaines autres régions.

Les récréations étaient libres mais toutefois surveillées par les institutrices. Les enfants laissaient exploser l'énergie refoulée pendant les cours et profitaient pour bouger et courir un maximum avant le nouvel emprisonnement. Lorsque la cloche (sonnerie) retentissait, les classes devaient se regrouper et les élèves se mettre en rang par deux, puis institutrice en tête, chaque classe regagnait sa salle. Il était défendu de parler pendant cette opération et les classes s'acheminaient donc dans le plus grand silence.

La directrice de l'école dans laquelle j'étais ne m'aimait pas. Était-ce parce que j'étais une enfant timide et très réservée, une rêveuse ne participant pas (du tout) à la vie de la classe avec des résultats plus que médiocres et fille de militaire ?? Je ne sais pas, mais c'était ainsi.

Un matin, alors que toutes les classes de l'école étaient rassemblées dans le hall en rang par deux en attente du coup de sifflet de "la dirlo" -  comme les enfants l'appelaient -, rien ne se passa. Les classes étaient là, en silence et en attente.

Soudain, la directrice m'appelle par mon nom (de famille sans le prénom) et clame du haut de l'escalier sur lequel elle se trouve à la tête de sa classe :

"Alors B., on a eu zéro en calcul ?"

Puis elle ajoute non sans ironie :

" Un beau petit rond de lunettes..."

Il faut dire que je portais depuis peu des lunettes, les "fameuses" lunettes de la sécurité sociale, très seyantes comme je vous laisse imaginer.

Je crois que j'aurais préféré quelques éclats de rire plutôt que le silence de plomb qui s'installa à cet instant alors qu'une centaine d'yeux se tournaient vers moi. Jamais de ma vie je ne me suis sentie aussi seule qu'en cet instant...

Il m'a semblé que j'allais m'évanouir... La honte et l'humiliation étaient totales !

Il était hors de question de répondre et d'ailleurs je n'aurai su que dire ! Ma seule réaction fut donc de pleurer en silence ce qui ne dut pas arranger l'image que cette femme avait de moi... 

Après quelques secondes qui me parurent interminables, le coup de sifflet libérateur retentit et les colonnes se mirent en marche vers les salles de classes.

15.05.2008

Exit la ménagère de moins de 50 ans

Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer, mais aujourd'hui je perds le statut de ménagère de MOINS de 50 ans !

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Pourquoi le chiffre 50 fait-il une telle impression dans l'âge ?

On a l'impression (avant) que tout bascule à cette date fatidique,  que l'on fait maintenant parti des "vieux". Les pensées de quand on était petit et jeune affluent à l'esprit pour nous rappeler que 50 ans : "oh la la, c'est vieux ! "...

Eh bien pas du tout ! Je me sens encore très jeune et n'arrive pas à croire que j'ai atteint cet âge canonique !

Bien sûr, une certaine maturité pour ne pas dire sérénité est venue avec l'âge car je pense avoir gagné en patience et tolérance (en un mot je suis moins chiante plus calme qu'avant). J'ai plus de recul par rapports aux évènements - même si mes derniers billets relatant mes relations avec orange pourraient laisser penser le contraire - .

Jeune j'étais du genre "pur et dur"  et démarrais au quart de tour;  je tranchais dans le vif et sans faire d'esclandres car la polémique ne m'intéresse pas, je cataloguais situations et personnes une bonne fois pour toutes.

Maintenant je sais que la vie n'est pas si simple, que l'âme humaine l'est encore moins et que tout n'est pas blanc ou noir.

Finalement c'est peut-être ça vieillir : gagner en sagesse et perdre en fougue...

 

Côté physique, il est clair que je ne fais pas mon âge (même mon médecin n'en revient pas quand il voit mon âge sur la feuille). Cela  fait plaisir bien sûr, mais je ne fais rien de particulier pour ça. C'est amusant car à 20 ans on m'en donnait 30 (jeune, j'ai toujours fait beaucoup plus vieux que mon âge !) et à partir de 30 ans, je n'ai cessé de faire plus jeune. Allez comprendre...

Je ne me suis jamais prise au sérieux et ça je crois que ça permet de rester jeune !

Les jeunes enfants avec lesquels je travaille me regardent parfois avec des yeux ébahis, peu habitués de voir un adulte si... fantaisiste...

 

Il n'empêche que j'ai probablement parcouru plus de la moitié de ma vie et certainement la meilleure partie. Car la vieillesse...(Alzheimer sort de ce corps !)

Alors je ne peux m'empêcher de citer le célèbre poème de Ronsard tant il est vrai qu'à partir d'un certain âge, il prend toute sa valeur... 

 

Mignonne, allons voir si la rose...

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vêprée,
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! Voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ! Ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
 
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15.01.2008

Le don

Etant petite, j'ai toujours été surnommée "l'artiste" à la maison. Et pourtant, mes parents étaient loin de se douter, et n'ont rien fait pour aller dans ce sens. Il faut avouer qu'à l'époque, les enfants ne pratiquaient pas autant d'activités que maintenant ! Et il n'y avait pas tant de structures les proposant, non plus. Mais mon tempérament rêveur, toujours ailleurs comme dans un autre monde s'accordait mal avec leur cartésianisme.
 
Et pourtant,  il aurait fallu d'un minimum d'observation pour constater que j'étais irrésistiblement  attirée par la musique et les instruments et aller dans ce sens.
 
38b9eabca16118ad8a58bbdc1f5af72c.jpgEn maternelle, on rassemblait de temps en temps les enfants autour d'un vieux piano pour les faire chanter, et c'est une soeur (et oui, école privée tenue en partie par des soeurs) qui était au piano. J'étais littéralement happée par l'instrument, il fallait absolument que je sois à côté du clavier et n'hésitais pas à bousculer les autres pour ça.
Pendant la chanson, je ne pouvais empêcher un doigt timide mais en même temps téméraire parce que poussé par une force invisible, de s'immiscer dans le jeu pianistique ce qui me valait invariablement des réprimandes. Mais c'était plus fort que moi, il fallait que je touche !
En outre, ce piano avait des touches en ivoire qui sentaient le vieil ivoire et je vous laisse imaginer maintenant lorsque je me trouve à côté d'un vieux piano dont les touches embaument, le réflexe "proustien" immédiat !
 
Plus âgée, c'est à dire en primaire, les cours de musique s'écoutaient à la radio sur ce qui devait être le France-Musique de l'époque... Un dame nous apprenait une chanson, il fallait chanter les phrases derrière son exemple, ainsi bout par bout, la chanson prenait corps. J'adorais ça et n'avais aucun mal à retenir et le texte et la musique, je trouvais même un peu lourd de devoir répéter autant de fois pour y arriver (certains n'y arrivaient jamais et chantaient toujours faux comme des casseroles ! )
Un jour, l'institutrice apporta un petit clavier électrique  et demanda qui savait en jouer pour les inviter à le faire. Je levai immédiatement le doigt et à son invitation me dirigeai vers le piano. Le résultat fut catastrophique puisque je n'avais jamais touché un clavier (sauf en maternelle !) . Elle me demanda pourquoi j'avais levé le doigt alors que visiblement je ne savais pas jouer, je ne sus que répondre et l'épisode s'arrêta là.
 
Encore plus tard, en 6ème, la flûte à bec était la grande mode  en cours de musique. Nous vivions dans l'Est à l'époque et la prof avait commandé les flûtes en Allemagne - pas ces trucs horribles en plastique qu'on trouve n'importe où maintenant, non de belles flûtes en bois - . Il fallut donc attendre la livraison des flûtes pendant quelques semaines,  je piaffais d'impatience. Elles arrivèrent enfin et on commença à pratiquer.
 
Ce fut une vraie révolution dans ma vie ! 
 
Je ne vivais plus que pour ça, je passais mon temps à souffler dans cette flûte et jouer toutes les partitions qui me tombaient sous la main en les répétant sans jamais me lasser, partitions que je déchiffrais le plus facilement du monde ! Mon comportement changea du tout au tout (d'après mes parents) je devins plus ouverte, plus épanouie, plus gaie. Bref  j'avais trouvé ma voie.
Évidemment j'étais la meilleure de la classe en musique. La prof eut la bonne idée de convoquer ma mère en fin d'année pour lui faire remarquer que j'étais une enfant extrêmement douée et que ce serait bien de me faire pratiquer un instrument au conservatoire. Ma mère tomba complètement des nues se demandant d'où cela pouvait bien venir, mais elle fit ce que lui suggérait la prof, car elle voyait bien que c'était bénéfique pour moi !
 
C'est ainsi que tout commença. Il fallut vraiment de peu que je ne passe à côté du don... 
 
Je ne remercierai jamais assez cette femme qui fit plus que le travail pour lequel elle était payée et sans qui ma vie ne serait  pas ce qu'elle est !
 
Parents qui me lisez : soyez attentifs aux inclinations de vos enfants. Lorsqu'un enfant est très fortement attiré par quelque chose, il y a de grandes chances pour que ce soit "sa voie"...

10.01.2008

Enfance (2)

Étant dans un univers de filles et les cours d'éducation sexuelle en maternelle n'étant pas encore instaurés à l'époque, je finis un jour par me demander  comment on pouvait bien reconnaître les garçons des filles.

Avec l'innocence propre aux enfants, je ne trouvai pas de meilleurs moment que de poser la question à ma mère un matin au déjeuner alors que mes soeurs étaient autour de la table.

Ma mère, que je sentis vaguement gênée sans comprendre pourquoi, répondit :

- " à leur ventre"... 

Cela ne m'avançait guère car je ne voyais pas en quoi le ventre d'un garçon pouvait bien différer de celui d'une fille !

- " ils ont un ventre plus gros...? " 

Ma soeur aînée devait commencer à rire sous cape... 

Ma mère encore plus gênée répondit avec un petit amusement

- " ils ont un robinet et les filles n'en ont pas ! "

Ça alors !  Un robinet !

J'imaginais instantanément un robinet comme celui de la cuisine avec la manette pour ouvrir et fermer etc...

Je jugeais préférable néanmoins de ne pas insister sur le sujet, comprenant que ces questions étaient mal venues.

Mais quand-même, cette histoire de robinet  me travaillait...

Il se trouve que ma mère était très copine avec une voisine qui gardait souvent son petit-fils qu'elle amenait par la même occasion à la maison lorsqu'elle venait papoter. Je me dis que ce serait là une bonne occasion de m'instruire.

Je devais avoir 4 ou 5 ans et le petit garçon un an de moins que moi. Alors que les femmes discutaient, je réussis à l'entraîner vers le jardin  - lui faisant croire que j'allais lui prêter mon beau camion jaune et rouge - afin d'exécuter un plan que j'avais soigneusement élaboré.

Sans préliminaire, je lui demandai de baisser sa culotte et de me faire voir son robinet. J'essuyai immédiatement un refus !

Mince, les choses devenaient plus compliquées que prévues... Je sentis que j'allais devoir faire des concessions si je voulais constater de visu le robinet des garçons. Je lui proposai donc que s'il me montrait son robinet, je lui montrerais ma... culotte. Oui je sais, le deal n'était pas équitable mais bon. Et quand vous saurez que je n'avais nullement l'intention de lui montrer ma culotte mais de m'enfuir en courant dès que j'aurais vu le robinet...

Le brave petit garçon jugea que le marché lui convenait et tomba dans le panneau. Il descendit sa culotte et ce que je vis me déçut au plus haut point : il ne s'agissait pas du tout d'un robinet comme l'avait dit ma mère, mais d'un simple petit tuyau de rien du tout !

L'aventure s'arrêta là car à peine avais-je découvert le robinet qu'apparut à l'angle de la maison la grand-mère du petit se dirigeant vers nous d'un air mécontent. Je jugeai que le temps était venu de prendre les jambes à mon cou en laissant le petit garçon planté là, sa culotte sur les chevilles.

J'eus à peine le temps d'entendre la grand-mère demander ce qu'on fabriquait là, puis elle remonta la culotte du petit et le tira par le bras vers la maison. J'étais quand-même penaude de penser qu'il allait se faire attraper par ma faute, mais espérais en même temps qu'on croirait que c'était lui qui s'exhibait volontairement...

Quant à moi, je préférai ne pas rentrer tout de suite de peur de me faire gronder, car j'avais bien senti et fini par comprendre que le sujet était tabou... 

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 PS: Il y a quand même une morale à cette histoire. Lorsque nous déménageâmes de la région, ma mère, dans le but de réduire le cubage du déménagement, m'obligea de donner le camion jaune et rouge au petit garçon !

09.01.2008

Enfance (1)

Nous étions une famille de 6 personnes comprenant 4 enfants. Quatre filles... au grand désespoir de mon père ! (et... oui j'ai eu droit à la référence "Les quatre filles du Dr March" pendant toute ma jeunesse...)

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( je suis à gauche)

Venant lui-même d'une fratrie de 3 garçons, puis enfant de troupe dès l'âge de 10 ans pour devenir militaire, il fut vite débordé par ses 5 femmes ! 

Il était en déplacement lorsque je suis née et reçut un télégramme annonçant la naissance du bébé (et les félicitations de son chef). Car mon prénom  mixte avait été orthographié dans sa version "masculine", tout le monde croyait donc qu'il venait d'avoir un fils. Et comme ses collègues n'étaient pas sans savoir qu'il avait déjà 2 filles, inutile de faire un tableau...

Lui ne fut pas dupe une seconde, il savait qu'un garçon porterait le prénom convenu avec son épouse, c'est à dire les prénoms assemblés des 2 grands-pères. Il comprit donc rapidement qu'il s'agissait d'une erreur et qu'il était à nouveau père  d'une fille. Et lorsque ma petite soeur naquit quelques mois après, il n'eut qu'un mot : "j'en étais sûr !"

Petite Cigale grandissait doucement au fil du temps. Elle ne connaissait pas son papa en déplacement ou plus exactement si, elle le connaissait, il s'agissait de la silhouette sur la photo ornant la commode. Et ça lui allait très bien.

Puis un jour, le papa revint "pour de bon". Les enfants avaient été préparés à cet évènement comme quelque chose d'important et de très joyeux.

Je suis trop petite pour m'en souvenir car je devais avoir 2 ans, mais lorsque mon père se présenta et voulut me prendre dans ses bras, je m'enfuie en hurlant de terreur pour vite me cacher derrière les jupes de ma mère ! Il faut dire que cet homme gigantesque, plutôt carré, vêtu d'une gabardine en tissu épais descendant jusque mi-mollet devait être impressionnant... On avait beau me dire que c'était le fameux "papa", je ne voulais rien savoir et lorsqu'on me demandait "où est papa ?" je montrais invariablement la photo sur la commode ! Cela faisait rire tout le monde quoique un peu moins mon père peut-être...