30.09.2009

Ça c'est Marseille !

On peut dire que l'incident de cet ETE m'aura fait vivre un certain nombre de péripécies !

 

Voici la dernière en date, elle se déroule à Marseille et je ne résiste pas au plaisir de vous la raconter tant on se croirait tout droit sorti d'un livre de Pagnol.

 

Mon mari et moi sortons de la consultation avec un neurochirurgien d'une clinique de Marseille.

 

Il est 11H30 et la ville s'est bien chargée côté circulation. Il faut dire que l'heure coïncide avec la sortie des classes bien que nous soyons samedi. Nous sommes dans une rue vraiment peu large au point que deux voitures passent à peine de front, rue qui porte néanmoins pompeusement le nom d'avenue. Mais nous sommes à Marseille, la sardine, le port, tout ça...

 

tete-maure.jpgNotre voiture est arrêtée à un feu rouge derrière deux autres véhicules. Le feu passe au vert mais la première voiture ne démarre pas. C'est un papy, une tête maure est collée à l'arrière de sa voiture  ("gardarem lou Larzac" ah non, zut, je me trompe de slogan) je ne sais pas ce qu'il attend mais il a coupé le moteur et ne compte pas du tout démarrer. La voiture qui le suit (et qui nous précède donc, un point pour ceux qui suivent) une dame dans un gros 4X4 commence à klaxonner nerveusement.  Bien, jusqu'ici, rien ne permet de dissocier cette scène d'une autre région de France (quoique, le moteur coupé au feu, il faut oser...).

Le papy dont la vitre est ouverte fait un geste avec la main voulant dire " causes toujours tu m'intéresses" sans la moindre envie de bouger. Le feu passe au rouge.

 

Je ne peux pas trop regarder l'Homme, sanglée que je suis dans la minerve que je porte systématiquement en voiture avec lui. Je lance de façon laconique :

 

- " Je crois qu'on n'est pas prêt de passer..."

 

Le feu passe au vert. Papy ne bouge pas. La dame qui a compris cette fois-ci s'avance pour le doubler, s'imposant sans vergognes aux voitures qui viennent en face et se retrouvent bloquées.

Croyez-vous que la femme double et passe son chemin ? Que nenni ! Nous sommes à Marseille, et ici les gens ont le sang chaud !

 

Elle s'arrête donc au niveau du Papy, ouvre sa vitre de droite et un petit dialogue dont on peut deviner facilement les termes avenant s'engage. Puis soudain la femme descend de sa voiture qu'elle abandonne au milieu de la rue  et se dirige vers le Papy. Prudemment celui-ci rentre son bras.

 

- " Qu'esseu que tu viens de direu ? Qu'esseu que tu viens de direu ? Répètes un peu si t'es un homme ! "

 

Nous sommes aux premières loges et constatons que non seulement Papy  ne répète rien mais ricane bêtement, c'est tout juste s'il ne se frappe pas les cuisses en disant " Oh c'teu bonneu blagueu !".  Mais il ne démarre pas pour autant.  La femme ne cesse de le harceler. Le feu repasse au rouge. Quelques klaxons nerveux commencent à se faire entendre derrière nous,  la file de voitures s'est considérablement allongée. Un attroupement se forme sur le petit trottoir et les commerçants sortent sur le pas de leur magasin. Il ne manque plus que le pastis.

La femme remonte en voiture et démarre, s'avance de deux mètres...pour s'arrêter à nouveau bloquant totalement le carrefour cette fois-ci, redescend de sa voiture et revient tranquillement vers papy.

 

L'Homme  - qui s'était engagé derrière le 4X4 croyant qu'il allait enfin passer - se trouve coincé à son tour au milieu de la rue à côté du papy. La femme  arrive au niveau du papy, je rentre prudemment mon bras. Elle s'intercale dans le peu d'espace entre les deux voitures et recommence :

 

- " T'as dit que je suis conneu !? T'as dit que je suis conneu !? " la dame a une forte tendance à répéter deux fois ses phrases, le poids des mots probablement...


- " Retireu-ça tout de suite ou je te casseu la figureu ! " dit-elle à Papy.

 

Tout cela prononcé avec emphase et un fort accent marseillais évidemment. On a l'impression que Fernandel va déboucher au coin de la rue !

 

L'Homme et moi-même sommes stoïques dans la voiture, mal à l'aise, cherchant droit devant nous une hypothétique ligne bleue de Vosges. Mais pour le conducteur qui nous suit, cela commence à bien faire, le voilà qui arrive et entre dans la bataille :

 

- " Mais c'est toi là, tu bloqueu tout avec ta caisseu, allez dégageu !! " lance-t-il très énervé vers la femme.

 

- " C'est moi qui bloqueu... ? C'est moi qui bloqueu... ? " répète la femme sur deux tons et au bord de l'asphyxie.

 

Soudain elle se tourne vers moi et me prend à parti :

 

- " Hein madameu ! Tu es témoin, il m'a traité de conneu..."

 

Papy ne fait que ricaner. Visiblement il s'amuse bien, c'est une bonne journée. Le public commente joyeusement et compte les points sur le trottoir.

 

Aaaaaaah ! Non pitié... je ne suis pas là... il n'y a personne...je suis nordiste moi, je ne connais rien à vos codes...

 

Voyant qu'elle n'obtiendra pas d'aide de ma part, la femme continue sa joute verbale avec le troisième larron. Soudain, elle le prend (mollement) à deux mains par le col et je me demande si elle ne va pas lui donner un coup de boule ! Pas de doute on est bien chez Zizou !!

 

Je cherche rapidement de quoi faire diversion et j'aperçois soudain la petite fille de la dame, restée dans la voiture abandonnée au milieu du carrefour, à moitié penchée par la vitre pour voir ce que fait sa mère qui ne revient pas. Je trouve la situation particulièrement dangereuse !  Tournant  difficilement la tête vers la femme, je lui dis d'une petite voix :

 

- " Madame, attention votre petite fille..." montrant du doigt la fillette qui se penche dangereusement.

 

femme colère.jpgMais la femme est aux prises avec Papy et conducteur énervé, elle n'entend pas ce que je lui dis. C'est maintenant un concert de klaxon à n'en plus finir dans tout le carrefour bloqué depuis un petit moment...

 

Et voilà, l'histoire s'arrête là.

Après avoir fait son petit cinéma, la femme remonte dans sa berline et repart à vive allure.

 

Alors qu'en est-il de tout cela ? De l'esbroufe, rien que de l'esbroufe ! Ici, on paaarleu, on paaarleu...

 

Et heureusement que cette femme se trouvait dans le Sud à agir de la sorte (car ne nous y trompons pas, ni le papy corse ni l'automobiliste énervé n'auraient levé la main sur elle). Dans le Nord, elle se serrait pris un poing dans la figure...

 

Commentaires

Succulent ! Et j’admire votre courage de nordiste qui vous a permis de rester stoïquement en dehors de la bataille (sourire).

Ecrit par : Feuilly | 30.09.2009

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Pardi ! C'est qu'en territoire étranger, il faut savoir où on met les pieds !! :-)

Ecrit par : Cigale | 30.09.2009

MDR.... J'aurais bien pris un p'tit café en regardant tout ça.... Quand je pense qu'il on emmené ta voiture à la fourrière alors qu'elle ne gênait pas et que là ils ne sont même pas venu retirer ce chantier....lol
Bonne journée et Gros bisous Cigale

Ecrit par : laurence | 01.10.2009

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Un pastis Laurence un pastis, c'est la boisson nationale ici !

C'est vrai ce que tu dis, mais déjà la fourrière n'aurait jamais pu arriver jusqu'à nous !! :-))

Ecrit par : Cigale | 01.10.2009

C'est dingue !
je déteste ce genre de provocations , et me prendre à parti , encore pire
Je suis comme toi , je me casse dans ces moments là , quand on peut
très bien raconté , avec l'accent !!
c'est pas en Mayenne qu'on voit ça , les gens qui s'arrêtent , c'est pour demander des nouvelles , tiens comme s'ils étaient dans un bar , parfois en plein milieu de la rue , je dis rien , je fais pareil

Ecrit par : Jeanne | 01.10.2009

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Prendre à parti est chose courante ici, les gens se parlent facilement sans se connaître, surtout dans des circonstances comme celles-ci !
Mais il faut préciser qu'il n'y avait pas d'agressivité dans l'air et que la femme parlait très calmement en fait. Un peu comme si elle faisait du cinéma... Et heureusement d'ailleurs, je n'aurais pas voulu me trouver à côté d'une vraie castagne !!

Ecrit par : Cigale | 01.10.2009

Merci pour ce récit truculent !!!!
Mais après réflexion, cela m'attriste un peu. Car d'une, tu décris (très bien d'ailleurs) la ville où je vis et ses habitants... Mais je précise que je ne suis pas du tout du même acabit que les protagonistes de ton histoire (juré !) :)
Puis, en arriver là pour un simple feu tricolore, me donne honte de faire parti de la même civilisation que ces "fadas" !

Ecrit par : CECILE | 01.10.2009

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Je ne t'imagine pas un seul instant comme les protagonistes de cette histoire Cécile ! Et ne sois pas triste, je pense que chacun sait faire la part des choses et comprendre qu'une ville de la taille de Marseille est peuplée de gens très différents !

Quant au titre "Ça c'est Marseille ! " c'était un clin d'oeil à une revue parisienne qui chantait " Ça c'est Paris ! "

Ecrit par : Cigale | 01.10.2009

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