22.06.2009

Consécration (2)

Résumé de l'épisode 1 ici.

 

Vint le jour de la cérémonie.

 

La basilique du Sacré Coeur était noire de monde et je me demandai s'il n'y avait pas encore autant de personnes à l'extérieur.

 

Les familles des quatre jeunes filles étaient présentes mais l'histoire ne dit pas si elles se réjouissaient vraiment de la décision de leurs filles. Car prendre le voile est irréversible, on entre, pour toujours. Et elles étaient si jeunes...

 

Toute la congrégation du Carmel était réunie pour fêter l'entrée des jeunes filles au couvent.  J'évitai soigneusement  de regarder les soeurs qui se trouvaient aux premiers rangs pour ne pas croiser le regard de celle qui me fixait tant aux répétitions... Le cérémonial me mettait déjà mal à l'aise, je n'allais pas en rajouter.

 

Les amis de tout ce petit monde étaient conviés, et de nombreuses invitations avaient été lancé aux politiciens parisiens car comme je l'ai précisé, tout le haut clergé  était là en grandes pompes.

 

Le fait qu'il y ait un orchestre n'empêchait pas les grandes orgues de jouer, ce dont elles ne se privaient pas d'ailleurs et de façon  très bruyante tandis que la foule s'installait. L'orchestre dans lequel je jouais placé à côté du chœur me permettait de voir les jeunes novices de face et les officiants de profil.

 

La messe commença.

 

De cette cérémonie je retins deux choses qui m'ont toutes deux marquée.

 

La première fut la sincérité de ces jeunes novices. Elle semblaient totalement exaltées et très heureuses de leur choix. Elles accomplirent le rituel de passage de leur prochaine existence sans la moindre hésitation et avec aisance. Mais je ne pouvais m'empêcher de me demander comment il était pensable, à un si jeune âge , de se cloîtrer pour la vie entière...

 

La seconde est plus délicate à exprimer. Lors du rituel de passage, les novices doivent se prosterner face contre terre les bras en croix devant les officiants. C'est ainsi que je les vis soudain se jeter à terre et rester prostrées ainsi pendant un temps.

Je regardai les officiants. L'un deux, déjà d'un âge avancé, était particulièrement grand et gros. Il tenait les mains jointes posées sur son ventre proéminent et souriait de façon...perverse. Oui, perverse. Voir ces quatre jeunes filles couchées à ses pieds lui donnait visiblement beaucoup de plaisir. Mais il n'était pas le seul parmi eux à jouir de l'instant.  Je pensai soudainement au livre "L'âge d'or des maisons closes" d'Alphonse Boudard.

 

Je fus très mal à l'aise de ce que je vis. Le contentement douteux de ces hauts dignitaires de l'Eglise  face à la candeur et la sincérité de ces jeunes filles  me dérangeait beaucoup...

 

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A la fin de la messe, alors que tout le monde était dans la joie et l'allégresse, je rangeais mon instrument en silence lorsque je vis la sœur principale s'avancer vers moi :

 

- " J'espère Cigale, que vous n'avez pas été trop choquée...? " demanda-t-elle, connaissant déjà la réponse.

 

- " ... Non, non..." lui dis-je alors que mon nez s'allongeait façon Pinocchio

 

Je levai les yeux et constatai à cet instant LA jeune sœur me fixant avec des yeux de braises...

 

C'en était trop !  Je refermai prestement l'étui de mon instrument et m'enfuis à toutes jambes de cet endroit.

 

 

 

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